Les Dégenreuses

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Je ne suis pas charmante

103 Commentaires

Charmante

Au vieux pervers qui demande au collègue assis à côté de moi « Mais qui est donc cette charmante demoiselle ? » en parlant de moi.

Au jeune pervers qui me lance un « Charmante ! » un dimanche après-midi, en pleine rue, sous les yeux d’une petite famille.

Au pervers trentenaire qui m’interpelle d’un « Charmante la demoiselle ! » à 23h un lundi soir dans une rue déserte.

À tous les inconnus qui se permettent de me balancer leur « charmante » quelle que soit les circonstances, de jour, de nuit, dans la rue, au boulot, quelle que soit ma tenue, quel que soit mon maquillage.

JE NE SUIS PAS CHARMANTE.

Okay ? Vous avez compris ? Je ne suis pas une oeuvre d’art qu’on juge, je ne suis pas la participante d’un concours de beauté qu’on jauge, je ne suis pas un joli steak sur l’étal d’un boucher. Je suis un être humain. Vous savez, cette chose vivante douée de parole et de raison. Je mérite le respect. Je ne suis pas là pour être jugée, je ne suis pas là pour flatter votre regard, je ne suis pas là pour décorer les espaces publiques ou l’open space. Je n’ai pas besoin d’être validée par vos regards libidineux, je ne veux pas de vos commentaires sur mon apparence. Est-ce que vous commentez ainsi tous les gens que vous croisez ? Toutes les choses que vous voyez ? « Oh oui, vraiment tu es un superbe lampadaire ! »  « Par contre, toi tu es vraiment dégueu la plaque d’égoût ! »

Surtout que ces commentaires sont généralement lancés de façon à déstabiliser. A faire de cette femme que vous croisez votre victime. Ce n’est PAS de la drague. Ce n’est PAS une technique d’approche. Ces petits mots sont uniquement destinés à vous renforcer dans votre image de soi-disant « vrai mec ». Parce qu’un soi-disant « vrai mec », ça harcèle les femmes. Vous vous croyez puissants, vous pensez que vous êtes vraiment courageux pour oser lancer ce « charmante » aux filles que vous croisez. En réalité, vous êtes juste des connards. La plupart du temps, une fois le mot lancé, vous continuez votre chemin et vous vous retournez. Juste pour voir la réaction de votre cible. Va-t-elle baisser la tête, embarrassée ? Va-t-elle presser le pas, apeurée ? A-t-elle rougit ?

Comment je connais votre petit manège ? Parce que désormais, je me retourne aussi. Je fais face. Je regarde le pervers en question dans les yeux. Je lui lance mon regard le plus dégoûté possible. Je secoue la tête et écarte les mains pour signifier à quel point je trouve son intervention débile. Et là deux réactions : soit il continue son chemin, un peu penaud de ne pas avoir réussi à assurer son emprise sur sa victime. Soit il surenchérit, histoire de montrer qu’il garde le contrôle de cette situation. Dans ce deuxième cas, j’ai généralement le droit à des insultes et/ou un rebroussement de chemin. Parce que le pervers trentenaire croisé à 23h dans une rue déserte que j’ai évoqué en introduction, lorsque je lui ai lancé mon regard-de-la-mort, il l’a pas bien pris. Il a donc commencé à me rattraper en courant, et à me dire sur un ton agressif « Wow c’est quoi le problème ? Qu’est-ce qu’il y a ? », sous-entendu « Je te dis ce que je veux et t’as pas à réagir ». Je me suis donc retournée et, boostée par l’adrénaline qui commençait à se déverser dans mes veines, lui ai hurlé dessus « ON NE PARLE PAS COMME ÇA AUX GENS ! ». Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans sa tête à ce moment-là mais il a fini par partir en me lançant le sempiternel « salope ».

Je suis rentrée chez moi, le coeur battant, me maudissant d’avoir réagi ainsi, me mettant potentiellement en danger. Mais d’un autre côté, j’étais satisfaite d’avoir fait face. D’avoir montré que j’étais un être humain. Et pas un pot de fleur sur pattes. Et surtout d’avoir osé dire le fond du problème : « On ne parle pas comme ça aux gens ». Car il s’agit bien de ça, si vous considérez les femmes comme des « gens » comme les autres, alors vous n’avez pas à leur parler comme ça. Si vous interpellez ainsi les femmes, c’est que vous avez un sérieux problème avec les êtres qui constituent l’autre moitié de l’humanité. Alors, la prochaine fois que vous croisez une femme dans la rue, aussi charmante soit-elle, taisez-vous. Les femmes sont des Hommes comme les autres, pas des steaks que vous avez le droit d’humilier. So shut the fuck up.

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Auteur : Red F0xx

Étudiante en marketing et communication, aime traîner sur l'interweb mondial, membre de l'Eglise de la Licorne Rose Invisible (Blessed Be Her Holy Hooves).

103 réflexions sur “Je ne suis pas charmante

  1. Charmante c’est un compliment. Et traiter de « pervers » la personne qui adresse un compliment, faut être sacrément agitée du bocal.

    • Pour donner son avis sur le physique des femmes que l’on ne connaît pas et qui ne vous ont rien demandé, faut être sacrément agité du bocal 😉

  2. En quoi trouver quelqu’un beau/belle sous entend qu’on ne le/la considère pas comme un être comme les autres ? Si je dis à un monsieur que j’adore sa chemise, est ce que je le considère comme un cintre sur pattes ? En quoi exprimer un ressenti vis à vis de ce qui est devant nos yeux est-il une insulte à la dite personne ou chose devant nos yeux?

    • Quand une personne que vous ne connaissez pas ne vous a rien demandé et que vous tenez absolument à venir lui dire qu’elle est belle/bien foutue/etc, et que cette personne vient expliquer que cela la dérange, pourquoi tenez-vous à continuer ?

  3. Bien sûr, nous ne sommes pas bien informés des circonstances des rencontres que vous mentionnez. Peut-être ne nous dites-vous pas que les gens qui s’adressent à vous ainsi laissent échapper un filet de bave aux commissures de leurs lèvres, le nez plongé résolument dans vote décolleté, auquel cas je comprendrais votre courroux.

    Mais je doute que ce soit le cas…

    1. On ne peut pas à la fois proclamer que l’on est un être humain est railler le fait que les gens ne s’adressent pas aux lampadaires et bouches d’égout pour en dire du bien. Sorry, mais cela ne tient pas la route.

    2. Sans prétendre qu’aucun mec n’est vierge de toute perversité, il et excessif de vouloir la voir partout. Ces généralisations sont idiotes.

    3. Ainsi donc vous maquillez-vous. Non, non, non, je ne dirai pas que vous provoquez les hommes ! Mais réfléchissez un instant à la raison pour laquelle vous vous maquillez alors que vous êtes précisément la seule personne à ne pas vous voir vous-même (à moins que vous ne soyez narcissique, auquel cas il s’agit probablement d’un trouble spécifique… Vous vous maquillez comme d’autres font un peu attention à la manière dont ils s’habillent par respect pour les autres, pour qu’ils aient le plaisir d’évoluer dans un environnement plus agréable. Et chacun, à quelques exceptions près, fait pareil. Et il ne faut pas y voir le fait de tendre des pièges de nature sexuelle, On veut simplement plaire un peu parce que c’est plus gai à vivre pour tout le monde. Alors, si quelqu’un dit que c’est réussi, on n’est pas obligé d’y voir malice ou perversité.

    Bref, je trouve votre propos réellement excessif !

    • Je pense encore savoir mieux que vous pourquoi je me maquille/m’habille : pour me plaire à moi, pas pour décorer la rue ou les espaces publiques. Et moi c’est le harcèlement constant que je subis et le fait qu’on le minimise sans cesse que je trouve excessif ! Et souvenez-vous que si tous les hommes ne harcèlent pas, la quasi-totalité des femmes sont harcelées.

  4. Bonjour,

    J’ai grandi dans un monde d’hommes (pas de soeurs à la maison, hobbies masculins, études supérieures avec 2 filles pour 70 garçons, etc etc…) Bref rien ne m’a rapproché des femmes.

    Et ce n’est pas mon caractère introverti, ma tronche banale, et une estime de moi plus que moyenne qui m’auront aidé.

    Toute ma jeunesse, j’ai rêvé avoir le courage (car pour moi c’est ça dont il était question) de complimenter les femmes en rue ou en soirée. Ces lieux étant de toute façon les seules chances de rencontre à mes yeux.

    Toute cette jeunesse, ce courage, j’en ai cruellement manqué, entrainant encore plus bas l’estime de moi, et attisant cette impression d’être transparent.

    Misère affective, « chocs amoureux » refoulés, baissements des yeux, silences (Pourvu que les secondes soient des heures), « bonjour » insignifiants ont été ma vie pendant presque 30 ans.

    Evidemment, le jour où enfin, j’aurais su prendre mon courage à deux mains, rien n’aurait encore été gagné.
    Mais votre article montre que mes chances étaient visiblement encore plus minimes que je ne le croyais.

    Heureusement que la lecture de cet article se fait aujourd’hui, alors que j’ai cherché et trouvé ma femme sur internet (qui est pour moi la solution des couards), que je suis marié et que j’ai des enfants. Ca me donne le recul pour ne pas me prendre une énorme claque.

    Bonne journée.

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