Les Dégenreuses

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Le (mal)traitement de la masculinité chez Disney

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Plusieurs générations d’enfants ont été élevées au biberon Disney. D’ailleurs, la majorité des « geeks » de mon entourage ont un bagage musclé de répliques, chansons & musiques… bref, un amour inconditionnel pour les créations de feu-mais-persistant Walt. Parce qu’ils sont visionnés à un moment de notre vie où nous structurons notre pensée et notre façon de voir le monde et qu’ils ont un tel impact sur le long terme, on parle souvent des multiples clichés et discriminations véhiculés par les fameux dessins animés : racisme, évidemment, mais aussi sexisme. Alors, parce que l’on fait étalage de la passivité et des énormes clichés sur la condition féminine à travers les différentes héroïnes Disney (et aussi parce qu’on parle pas mal des femmes sur ce blog depuis le début), aujourd’hui changeons de genre et intéressons-nous à la façon dont les films Disney (mal)traite la masculinité.

Chez Disney, il existe plusieurs types de personnages très facilement identifiables. On parle surtout de « princes » et de « princesses », mais ils sont loin d’être les seuls. Des caractères types sont récurrents du côté des personnages masculins :

–          Le héros : l’homme, le vrai
–          Le prince, ce riche (et invisible) inconnu
–          Le père « castrateur »
–          Le méchant, cet efféminé

Le héros, l’homme, le vrai

Dans la plupart des Disney où le héros est/doit apparaître comme de sexe masculin, ce dernier est soumis à une terrible attente. Il doit être un homme, un vrai, un tatoué. Véhicule d’une certaine idéologie, les dessins animés Disney semblent se targuer de pouvoir nous donner l’image de ce qu’un homme doit être.

Un exemple marquant nous est donné dans Mulan, sorti en 1998. Son père, en tant qu’homme, doit remplir son devoir envers l’Empereur, malgré sa faiblesse apparente et la douleur. Il doit faire honneur à sa famille et refuse de voir la vérité en face : il est incapable de combattre et serait plus un poids pour l’armée qu’autre chose. De la même manière, le capitaine Shang est impitoyable lors de son entraînement. Dans ses chansons, que ce soit en anglais (A Man Out of You) ou en français (Comme un homme), la femme est clairement infantilisée : « Did they send me daughters when I asked for sons ? » ou encore « Vous êtes plus fragiles que des fillettes » et « Vous n’êtes qu’une bande de femmelettes ». Par opposition, l’homme est un adulte responsable qui doit prendre soin de sa famille, héroïque, il apporte de la valeur à sa famille. D’ailleurs, pourquoi Mulan se déguise-t-elle en homme si ce n’est pour prouver à sa famille, et à la société, qu’elle en a, malgré son échec chez la marieuse ?

L’héroïsme, et par conséquent, la virilité, s’acquiert grâce à la puissance physique. Cette dernière est cependant le très exclusif apanage des hommes. Mulan, même déguisée en homme, remportera la victoire par la ruse, non par la force. Pocahontas, malgré le fait qu’elle soit très active physiquement garde une ligne « féminine » toute en courbes et en finesse. Les hommes, eux, sont de véritables armoires à glace. Je vous laisse constater.

Une femme, c'est gracieux.

Une femme, c’est gracieux.

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Un homme, c’est robuste.

Un homme, c’est physique. C’est grand, c’est fort, c’est solide. Comme Gaston. Non content de se contenter de l’évoquer, son laquais chantera la force brutale de son maître. Celle-ci est la raison-même de son succès auprès des filles.

gaston

Toutes les femmes devant toi sont à genoux
Et c’est pas difficile à comprendre
Le plus beau, c’est Gaston,
Le plus costaud, c’est Gaston,
Et personne n’a un cou de taureau comme Gaston.
Un caïd qui a du chien et des manières,
Et du chic et de la prestance.

Avec Gaston, la masculinité est carrément une affaire de violence, et même de domination. Même au sein des hommes dont le physique irradie la force brute, il y en a un qui est Lhomme, celui auquel le garçon – jeune ou moins jeune – est appelé à s’identifier. C’est lui, debout à l’avant de la barque, celui que les hommes aiment (dixit le Gouverneur). C’est aussi lui : vaurien s’élevant (littéralement) au-dessus de la foule, le capitaine de la garde en armure dorée, le gringalet qui réussit à tirer Excalibur de son caillou, roi déchu reconquérant la terre de ses aïeuls pour sauver ses sujets.

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L’homme en armure (le seul de l’équipage) à la proue du « navire »

Un Prince qui vole

Le Capitaine de la Garde en armure dorée (il porte quand même le nom d'un astre céleste, c'est pas rien)

Le Capitaine de la Garde en armure dorée, un véritable astre céleste

Le Moustique destiné à devenir le roi Arthur

Le Moustique destiné à devenir le roi Arthur

Un roi des animaux juste et bon

Un roi des animaux juste et bon

Je crois qu’il faut comprendre : Pour être un véritable homme, mon garçon, tu seras au-dessus des autres.

Le Prince, le riche inconnu invisible

Je commencerai par cette image, très éloquente.

Ce que les princes de Disney nous apprennent sur l’art d’attirer les femmes (dans le sens des aiguilles d’une montre):
– Être riche, charmant, célèbre et beau
– Être riche, charmant, célèbre et beau
– Être riche et célèbre, avec la promesse d’un charme et d’une apparence agréable à venir
– Être charmant, beau et avoir l’air d’être riche et célèbre
– Être riche, charmant, célèbre et beau
– Être riche, charmant, célèbre et beau
Quels sont les noms de ces types ? (Aladdin ne compte pas) (NB : le type qui tient la rose ne s’appelle pas « la Bête »)

M’étant moi-même prêtée au jeu, j’ai réussi à me souvenir du Prince Philippe de La Belle aux Bois Dormants (celui situé à 3h) et d’Eric de La Petite Sirène, mais force m’est d’avouer que le nom du Prince, ses sentiments, son histoire (concrètement, on est d’accord, on s’en fiche de son enfance, au Prince) dans un Disney n’ont que peu d’importance, voire pas du tout. Sa personnalité est d’ailleurs limité à son statut : il est Prince. Et c’est tout. En fait, ça suffit à faire de lui un parti intéressant. Pour faire plus simple : Si tu veux séduire la fille, sois riche, charmant, célèbre et beau.

Le père : bienveillant ou « castrateur » ?

La désobéissance des filles (Ariel, Jasmine, Pocahontas) n’est pas quelque chose de nouveau dans nos dessins animés préférés. Toutes sont remises à un moment ou à un autre dans le « droit chemin ». Mulan laissera tomber son armure et son épée pour rejoindre la demeure familiale et rentrer dans le carcan bien-comme-il-faut du mariage. Eh oui, le patriarcat est toujours là. Il semble que ces dames soient incapables de se libérer toutes seules. Si Raiponce sort de sa tour, c’est grâce à l’homme qu’elle a attendu et qui l’en sort. On l’a vu plus haut, l’homme est adulte, la femme éternelle enfant.

Un exemple criant du pouvoir du père se retrouve dans la relation entre le Sultan et sa fille Jasmine (seul personnage féminin de tout le dessin animé). Ne nous attardons pas sur l’accoutrement « élégant » de la princesse qui ne nous laisse pas espérer que le personnage participe à beaucoup de scènes d’actions et concentrons-nous sur un point bien particulier. Jasmine est une princesse qui n’est jamais sortie du Palais. La raison : non seulement, c’est bien trop dangereux mais surtout « Mais Jasmine, tu es une princesse ! ». Soyons claires : la seule personne qui puisse imposer quelque chose à une princesse, c’est le Sultan, non ? … Et voici comment Disney désincarne le patriarcat et lui fait revêtir les habits du « protocole ». Ainsi, Jasmine hurlera « Eh bien, peut-être n’ai-je plus envie d’être une princesse » et non pas après son père. D’ailleurs, ce pauvre vieil homme adepte de jouets et bien gentil avec sa bouille de Père Noël est loin d’être un tyran autoritaire et ne veut que le bien de sa fille.

« Je veux uniquement qu’on prenne soin de toi »

Si l’on excepte ce genre de tirades qui mettrait la certitude de l’amour paternel en doute : « Rajah, je te souhaite sincèrement de ne jamais avoir de filles ! ». C’est bien connu, les filles, c’est bien trop difficile à gérer. Elles se plaignent tout le temps alors qu’on les maintient enfermées et dans l’ignorance de tout. C’est incroyable ! C’est à se demander pourquoi elles veulent partir.

Autre patriarche aimant et barbu : Triton qui retient sa fille au fond des océans.

Franchement, je ne comprends pas ce qu’elle veut aller faire là-haut. On est bien ici.

En bon patriarche, Triton est lui aussi loin d’être un cruel monarque et s’enquiert régulièrement de l’avis de son fidèle second, Sébastien. Ce qui donne ce genre de dialogues :

« Tu penses que j’ai été trop sévère avec elle ? »
« Non, pas du tout. Si Ariel était ma fille, Majesté, elle saurait que c’est moi qui commande. […] »
« Tu es un bon conseiller, Sébastien. Ariel a besoin d’être étroitement surveillée. »

Traduction : Les filles, si on vous force à rester à la maison et à vous marier avec des inconnus, c’est parce qu’on vous aime et qu’on s’inquiète pour vous. Les garçons, vous voyez comment on tient une fille et qu’on se comporte en bon père

Une petite nuance : si, au début des films, le père tient le rôle d’opposant, il évolue souvent pour devenir un adjuvant. D’opposé à la volonté de sa fille, il finit par accepter sa position. Ainsi Ariel devient humaine et son père la salut. Les pires craintes du papounet de Jasmine se réalisent (elle frôle la mort) mais il bénit malgré tout son union avec Aladdin. Le film est souvent le lieu d’une transformation des personnages: l’histoire les change ; il n’y a pas qu’Ariel ou la Bête qui soient plus « humaines » à la fin.

Le méchant, cet efféminé

Il est intéressant d’étudier les personnages « méchants » de Disney. Loin de posséder les attributs du héros – le vrai – ou du Prince – beau, riche et invisible -, ces personnages se font remarquer par leur non-conformisme à la norme. Trop mince, trop maniéré, pas assez viril ou brutal, le méchant dérange, dégoûte. En lui appropriant des caractéristiques dites « féminines », Disney fait de ces méchants des êtres qui ne correspondent pas aux canons du genre. Dégenrés et par conséquent dérangeants, ils ne peuvent qu’être dangereux.

D’ailleurs, pour Disney, un homme-femme ou une femme-homme, c’est ridicule. Regardez la scène où Mulan, sous les conseils peu avisés de Mushu, essaie de se faire passer pour un homme en entrant dans le camp des soldats. A titre de rappel : cette vidéo (mais je sais que vous connaissez vos classiques).

Ainsi, grand nombre de méchants Disney sont étrangement efféminés, faibles physiquement et se parent de couleurs et d’attitudes « féminines ». Ainsi, si Disney se permet parfois quelques libertés par rapport aux histoires adaptées, il semble que les méchants ne soient pas logés à la même enseigne que les autres.

Zeus représenté par un artiste de l'Antiquité et par Disney - une ressemblance flagrante.

Zeus représenté par un artiste de l’Antiquité et par Disney – une ressemblance flagrante.

Hadès par un artiste antique et Hadès par Disney. Il y a eut comme un problème au lavage, non ?

Hadès par un artiste antique et Hadès par Disney. Il y a eu comme un problème au lavage, non ?

Quand les lois de la génétique deviennent impénétrables.

Quand les lois de la génétique deviennent impénétrables.

Ainsi, s’il est coutume qu’une héroïne en devienne une en s’attribuant des valeurs dites masculines (pouvoir, force, courage, désir d’aventure), à quand l’inverse ? J’attends ce héros.

Conclusion

Disney […] nous appris plusieurs choses essentielles grâce à ses dessins animés; par exemple on peut rouler des pelles à des filles quand elles sont endormies, […] un mec moche ne chopera jamais la fille, […] on peut séquestrer une fille, enlever son père, l’insulter comme un ouvrier en manque sur un chantier, mais se la taper à la fin quand même si on est assez beau et surtout assez riche.

Si dans les milieux féministes geek, le Joueur du Grenier  est souvent pointé du doigt pour ses propos sexistes mal placés, force nous est de constater que dans cette vidéo dédiée aux jeux Disney, il est loin d’avoir tort. Disney et ses dessins animés ont participé à la construction de cette vision sexiste du monde chez toute une génération. Prenons-en conscience ! Et si ce petit dossier ne vous a pas convaincu, je vous propose d’aller prendre une ou deux pilules rouges ici.

Quelques avancées

Si Disney et les clichés sexistes ne font qu’un, les choses évoluent.

Dès 1995, l’héroïne n’oriente plus sa vie en fonction de son « héros » et ne reproduit pas le schéma de domination masculine qui veut que les actions d’une femme soit dictée par son homme. Pocahontas choisit son « travail » – être chef – plutôt que l’amour.
Plus récemment, avec Rebelle, Disney introduit un nouveau type de patriarche. Le roi Fergus est loin d’incarner l’autorité. Il est supposé exercer la domination mais ne le fait pas vraiment. En fait, ce sont les dominés (sa femme) qui ont tellement intégré les normes du patriarcat qu’ils exercent eux-mêmes cette domination. Fergus, lui, joue le rôle du papa gâteau (malgré son statut de héros et de guerrier victorieux) et c’est le seul, finalement, à soutenir sa fille dans son désir de liberté et un des premiers papa Disney à admirer sa fille.
Raiponce préfèrera le délicat Eugène à la mascarade du bandit de grand chemin de Flynn et les brigands de la taverne du Canard Boiteux avoueront bien vite avoir un rêve qui ne correspond pas aux idéaux de virilité.

Thor veut tout quitter pour devenir fleuriste // Gunther décorateur et styliste / Ulf adore le mime / Les gâteaux d’Atti sont sublimes / On tricote, on recoud, on s’amuse comme des p’tits fous / Et Vladimir collectionne les petites licornes.

Thor veut tout quitter pour devenir fleuriste / Gunther décorateur et styliste / Ulf adore le mime / Les gâteaux d’Atti sont sublimes / On tricote, on recoud, on s’amuse comme des p’tits fous / Et Vladimir collectionne les petites licornes.

Alors, planète Disney, toi qui hante le monde et fédère les pensées, à quand des contes qui traitent décemment la masculinité ?

Pour approfondir la question, je vous conseille le très bon site Le cinéma est politique, avec notamment de très bons articles sur le patriarcat et le sexisme dans Mulan et Pocahontas qui ont servis à la rédaction de cet article.

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Auteur : borderblue

Elfe invocatrice, accesoirement étudiante en Marketing & Communication. Rôliste et MJ à ses heures perdues. Amatrice de MMORPGs au point d'être GM, de littérature (de qualité littéraire, j'y tiens) fantasy, fantastique et parfois SF, de cases et de bulles d'ici et d'ailleurs. Nippophile et adoratrice de Nintendo. Geek depuis Sonic et la MegaDrive. Féministe avant même de le savoir.

17 réflexions sur “Le (mal)traitement de la masculinité chez Disney

  1. j’émet une réserve sur ta première analyse de Mulan. L’histoire se passe quand même dans la chine « antique » et même si Disney n’a pas vocation a être historique, parler d’une histoire qui se passe en Chine sans parler d’honneur familial (qui passait à l’époque par la figure paternelle) aurait été complètement ridicule non ?

    Après comme tu le dis si bien à la fin de ton article, la plupart des disney que tu as analysé sont vieux et prennent inspiration dans des contes qui ne sont plus de notre époque.

    • Oui, bien sûr. Mais j’ai l’impression que peu importe le pays, la question de l’honneur aurait été la même. Le père aurait voulu remplir son devoir et faire honneur à sa famille. Qu’en penses-tu ?
      Après, en effet, le fait que l’action se déroule en Chine force le trait.

      • Dans Mulan, l’histoire et le principe s’inspire malgré tout d’une réalité (apparemment, c’est tiré d’une histoire vraie… au moins en partie). Du coup, je rejoins un peu la racine des mots : de base, c’est déjà inspiré d’une histoire hautement influencée par le patriarcat. Cela dit, ce que j’ai trouvé le plus choquant dans Mulan, c’est la fin.
        Après tout, pourquoi n’aurait-elle pas acceptée d’être la conseillère de l’Empereur ? Parce qu’une femme n’est pas « faite » pour ça ?

      • Pour approfondir le sujet Mulan, je te conseille de lire l’article du site « Le cinéma est politique » que nous avons mis en lien à la fin de l’article.
        La fin y est expliquée par le fait que la fin du film est consacrée au sauvetage du patriarcat, à travers la figure de l’Empereur, et à la remise en place, au retour à l’ordre. Cet ordre qui convient à tout le monde, et même à Mulan. Je cite : « N’est-il pas ironique que l’une des seules héroïnes féministes de Disney lutte pour maintenir le patriarcat en place ? Ou bien ne tolérerait-on que les femmes sortent de leur rôle passif seulement elles maintiennent le patriarcat en place ? »
        Donc, pour te répondre, je suppose que Mulan ne devient pas conseillère de l’Empereur car ce n’est pas son rôle. Elle a combattu pour l’honneur de sa famille, et de son père en particulier (voir les paroles « to keep my father tall » ainsi que le fait qu’elle s’agenouille devant son père une fois revenue de sa victoire), pas pour sa propre ascension à elle. Ce qui rejoint la précédente analyse… Dommage !

      • Je suis mitigée dans ma critique envers les Disneys, c’est un univers que j’adore (il transpire la joie, la douceur et les couleurs) mais effectivement j’entends les critiques. Néanmoins, les idées que tu présente sont celles de notre époque, elles étaient tellement minoritaires avant ! L’honneur familial était quelque chose de très fort en occident (même encore aujourd’hui, dans certaines familles)..

  2. Clairement on ne peut pas contester ton analyse des anciens disney ! On leur jette la pierre mais les dessins animés disney ne sont bien souvent que des adaptations de contes bien plus anciens qui étaient limite pires. Dans le conte originel d’Aladdin par exemple, la princesse (Badroulboudour et pas Jasmine …) est une grosse teubée que son mari n’a pas pris soin de mettre dans la confidence de la lampe magique et qui vend cette dernière pour trois francs six sous. Or dans le dessin animé, Jasmine est quand une femme avec un peu plus de volonté, même si reste cantonnée à son rôle de princesse, et qui finalement accepte Aladdin tel qu’il est – elle s’en fichait un peu qu’il soit un prince à la base elle. En plus Aladdin n’est pas vraiment un modèle de tas de muscles, il est plutôt fin et rusé, il ne se sert pas de sa force physique.

    Dans la Belle et la Bête, tu parles de Gaston. Mais Gaston est loin d’être un héros ! Justement, c’est une grosse brute et Belle n’y trouve rien de séduisant. Certes on ne peut pas nier que la Bête soit douée de force physique, cependant ce n’est pas grâce à elle qu’il séduira la Belle mais grâce à son esprit (et son château et sa bibliothèque de fou :p). Oui, le prince reste un prince … mais le conte d’origine a été écrit ainsi. Belle y est d’ailleurs décrite comme une jeune fille pas du tout intéressée par l’argent, au contraire de ses deux sœurs, ce qui colle assez bien avec le personnage créé par Disney qui nous montre une jeune fille intelligente et curieuse. Pour une fois le « méchant » eh bien, c’est Gaston, le gros tas de muscle !

    Après j’étais contente d’arriver à la fin de ton article qui parle de l’évolution de Disney : il faut quand même avouer qu’ils font quelques efforts. Aux films dont tu parles tu aurais pu ajouter « La princesse et la grenouille ». J’ai bien aimé qu’ils reprennent les codes graphiques des anciens disneys (dessins un peu ronds, grands yeux) cependant l’histoire est très différente. La princesse n’en est pas une, c’est une serveuse et elle est noire, et le prince est déshérité et pas franchement un mister muscle, et il séduit la jeune fille sous une apparence de grenouille 😀 Bon seul point négatif qu’on peut noter : Tiana ne devient une « vraie princesse » qu’en épousant le prince, ils auraient pu faire un truc genre  » c’était une vraie princesse dans son cœur  » mais bon trop de changement d’un coup ça aurait été trop fou :p

    En fait, quand on étudie les clichés sexistes dans les Disneys, je pense qu’il faut carrément remonter à leur origine qui est : les clichés sexistes dans les contes. Forcément quand on a des siècles de belles princesses faibles, et de beaux princes riches et forts, quand on adapte ça en dessins animés, c’est difficile d’obtenir un résultat qui ne soit pas bourré de clichés, à moins de s’éloigner de l’histoire originelle comme cela a été fait pour Raiponce.
    Soit il faut chercher des contes qui sortent un peu du lot (pour moi, la Belle et la Bête en est un peu un : en effet, c’est la Belle qui sauve la bête, le prince n’a rien d’un héros : au départ il était méchant, c’est pourquoi il est changé en bête, puis par la suite c’est la Belle qui le fera devenir plus humain jusqu’à retrouver son apparence d’origine) ou bien carrément inventer de nouvelles histoires comme avec « Rebelle » – je ne crois pas que le film soit inspiré d’un conte existant.

    • Haha ! En effet, Badroulboudour, c’est un peu moins tendance que Jasmine ^^. Ensuite, Aladdin reste quand même au-dessus de la masse (il vole, et il lui faut bien passer par la case prince et lampe magique pour « get the girl »). Tous les héros Disney sont loin d’être des armoires à glace et savent souvent se servir de ce qu’ils ont entre les oreilles.
      Concernant Gaston
      Le but de l’article est de montrer les différentes façons dont Disney se sert des clichés pour créer une image fausse de la masculinité dans les esprits des petits garçons (et petites filles) ! C’est pour ça que je n’ai pas jugé nécessaire de parler de La Princesse et la Grenouille, par exemple. Les clichés sexistes sont très nombreux (et ne sont pas les seuls) dans les dessins animés Disney. Et ils prennent leurs racines dans les contes qui sont adaptés. En fait, il faudrait analyser la part d’interprétation de Disney. Malheureusement, je ne connais pas assez les contes dont les dessins animés sont issus… Mais ce serait intéressant de se pencher sur ce sujet un jour ! On peut imaginer que Disney aurait abordé le conte avec un regard nouveau, plus moderne, en phase avec son temps. Force nous est de constater que ce n’est pas le cas !
      Concernant Gaston, son cas est un peu délicat ! Oui, c’est un méchant ! N’empêche, il plaît aux filles (mais pas à l’héroïne). Finalement, c’est presque une morale : les garçons stupides seront souvent ceux qui plairont la plus ! Mais pas pour les bonnes raisons 😉 !

  3. J’allais dire excatement la même chose concernant Mulan, qui est à la base une légende chinoise : le dessin animé, à la sauce Disney évidemment, suit à peu près la légende dans les grands lignes, la fille courageuse virilisée rentrant à la fin chez elle, redevenant une « vraie » femme et, suite logique, se mariant.
    Ce qui est intéressant cependant, ce que dans la légende chinoise, Mulan est une fille « normale » (= correspondant à l’idée qu’on se faisait d’une femme à l’époque, càd féminine, douce, etc.) dont la piété filiale est telle qu’elle s’enrôle à la place de son père, alors que chez Disney, elle est présentée d’emblée comme un garçon manqué, et c’est bien logiquement qu’elle est capable, davantage qu’une autre fille, d’aller à la guerre. Il me semble qu’en ce sens Disney fait le jeu du patriarcat bien davantage que la légende originelle (qui, elle, mettait avant tout en exergue la piété filiale, valeur cardinale de la Chine dynastique) en en rajoutant une couche, comme si ç’aurait été une abérration qu’une Mulan « normale » parte à la guerre quand même. Ou comment être plus royaliste que le roi !
    Ça en dit long sur Disney, et on peut se demander ce qui pousse les studios à toujours mettre en scène des histoires entérinant les clichés, à part à satisfaire un public habitué aux poncifs sexistes. Parce qu’en soi, ce n’est pas une excuse de dire : oui mais l’histoire originale est ancienne, donc c’est normal qu’on y retrouve des clichés homme fort/femme faible, etc. On peut aussi choisir de faire un dessin animé sur autre chose. Mon avis est que ça va dans le sens de donner des barbies habillées en rose aux petites filles et des des voitures aux petits garçons, ne changeons pas une recette qui marche, hein.
    Sinon, ce qui est rigolo avec Pocahontas, c’est que c’est le premier dessin animé qui a provoqué un mini remous de par son sujet tabou (monter aux petits Américains que les blancs avaient envahi la terre des Indiens, mon Dieu !), et on a l’impression que tant qu’à y aller dans la subversion (même si on est d’accord qu’elle ne va pas bien loin), allons-y, et pof, voilà une héroïne qui ne sacrifie pas sa fonction de chef pour les beaux yeux de Smith, et qui en plus le sauve de la mort ! Si j’avais envie de me faire l’avocat du diable, je dirais néanmoins que si elle peut faire tout ça, c’est quand même parce qu’elle est un peu sauvage la miss, c’est pas vraiment une femme du monde, quoi, donc les règles qui s’appliquent aux autres, on peut en faire fi pour elle…
    Enfin, Disney c’est une mine, entre le sexisme, le cliché raciste ou culturaliste, on a de quoi faire… Il y en a même qui font des thèses là dessus uhuh !

    • Tu touches exactement le point que j’ai voulu mettre en avant dans ma réponse à BulleBlue ! Dans le choix des histoires adaptées et la façon dont elles ne sont pas adaptées (finalement), Disney contribue bel et bien à la mise en place de ces clichés sexistes.
      Pour creuser sur Pocahontas, je te conseille de lire l’article du site « Le cinéma est politique » que nous avons mis en lien à la fin de l’article. Il est très complet, j’ai trouvé !
      Disney est une mine, oui ! Y en a même qui font des articles dessus ! =P C’est tout à fait un sujet sur lequel j’aurais pu faire un mémoire ! C’est bien une preuve que c’est un support important ! ‘Faut pas le négliger en y laissant des clichés pareils !

    • Ah mais clairement ça n' »excuse » pas que les disneys soient adaptés de contes eux-mêmes anciens ^^ c’était juste pour remettre dans un contexte : peut-on vraiment analyser de la même façon la Belle au Bois Dormant, et Rebelle ? Disney n’a aucun mérite a présenter dans la plupart de ses films des personnages et des histoires bourrés de clichés, cependant on ne peut (selon moi) pas mettre toutes leurs productions dans le même panier – ce que d’ailleurs Borderblue ne fait pas puisque la dernière partie de son article est consacrée au renouveau chez Disney. Il faut juste reconnaître que quand on adapte un truc déjà bien cliché (et la plupart des contes et des légendes le sont, en raison de leur époque de « conception ») et qu’on le fait dans les années 50, le résultat n’a rien d' »étonnant ».
      Ce qui est dommage c’est que ces films, pour certains vieux de plus de 50 ans ! sont encore présentés comme des références aux enfants aujourd’hui et le gamin qui regarde le dessin animé, qu’il ait été fait il y a 70 ans ou hier, ça ne change rien : donc là on n’est bien d’accord qu’il existe un problème et que cela peut entretenir une culture sexiste dont on a du mal à se débarasser.

      Par contre une autre remarque qui m’est venu à l’esprit par la suite : certes, les personnages ne sont souvent pas parfaits, je pensais par exemple aux pères un peu trop présents comme le roi Triton. Borderblue note qu’il y a quand même une évolution au cours du dessin animé, et je me suis dit « bah .. en même temps, si dès le début il avait été trop cool, il n’y aurait pas eu d’histoire ». Là on en arrive à la façon dont Disney interprète les contes : l’histoire aurait pu être menée autrement et ainsi l’obstacle qui barre la route d’Ariel n’aurait pas été son père mais autre chose.

      Bref, un vaste sujet de réflexion !

  4. Il y a aussi le problème de créer des personnages consistants et crédibles dans un dessin animé de 1h30. Surtout un Disney.

    C’est pas pour rien que les séries TV sont de plus en plus marquantes dans l’univers imaginaires depuis, disons 10 ans.

    Même si les dessins animés de Gibli sont clairement des perles.

    En 1997, Princesse Mononoké c’est quand même autre chose que pochaontas ou mulan…
    Les personnages féminins principaux sont forts, impactants mais possèdent leur part d’ombre liée à leur croisade.

    • Qu’entends-tu par « consistants et crédibles » ?
      Qu’est-ce que cela a à voir avec la création de personnages sexistes ou non ?

      Je ne comprends pas bien non plus ce que tu entends par des « séries TV de plus en plus marquantes dans l’univers imaginaire » ? S’il s’agit des dessinés animés, au contraire, j’ai l’impression que la création s’est appauvrie depuis ces dernières années. Mais cela se discute (et mon avis est peut-être aussi dû aux souvenirs des folles séries de mon enfance).

      Les personnages de Miyazaki, c’est une autre histoire, en effet ! On est souvent loin des clichés sexistes occidentaux. Mais c’est dû à la personnalité très particulière de notre réalisateur fétiche, et non à une culture qui serait moins sexiste au départ (au contraire !).

      • On va prendre un exemple de personnage de fiction : Lancelot du Lac.

        Dans les Films / Dessins animés, tu vas avoir droit à la caractérisation sexiste que tu montres du doigt dans ton article : le preux chevalier lumineux grand beau et fort qui séduit les dames.

        Dans les livres, que se soit des livres écrits par des hommes il y a plusieurs siècles (Chrétien de troyes) ou une féministe (Marion zimmer Bradley) il y a quelques dizaines d’années, le personnage est beaucoup plus développé en terme de psychologie, d’évolution, de morale, etc…

        Pourquoi ? Parce que la littérature permet de construire une fiction sur du long terme.

        C’est pour cela que j’ai parlé de série TV. Une saison de 24×50 minutes te donnes plus de place pour construire un truc intéressant qu’un film de 90′. Avec internet et les DVD/BR les séries TV ont plus de continuité qu’avant.

        Une icône « féministe geek », c’est buffy. Parce que le personnage est très développé (« buffy studies »). Ou même Veronica Mars, si on veut être réaliste !

        Dans la même idée, dans le cas des Jeux Vidéo,, un personnage de RPG ou de jeux d’aventure de 30/50h à moins de chance d’être stéréotypé que ceux qu’on trouve dans un jeu bourrin de 8 heures ou moins.

        (Désolé d’avance si mon propos apparait comme hors sujet. Mais quand je lis un article intéressant, il a tendance à me faire réfléchir dans tout le sens).

      • Je prends ça comme un compliment alors ! Ravie d’avoir stimulé ta pensée ^^
        Je comprends beaucoup mieux ce que tu voulais dire. Un format court entraîne une « stéréotypation », simplification du personnage (qu’elle soit sexiste ou autre, d’ailleurs). D’autant plus que le cliché permet au spectateur de faire rentrer le personnage dans des cases, et à ce titre, de mieux l’appréhender.
        A l’inverse, je doute que la longueur soit une solution au cliché sexiste (tout comme longueur ne signifie pas personnage développé…). Je pense tout bêtement au personnage de Nana Komatsu dans le manga d’Ai Yazawa. On a beau la voir évoluer dans toute sorte de situations pendant plusieurs tomes, son personnage reste profondément ancré dans une certaine vision de la femme (je ne m’en suis rendue compte qu’en relisant la série récemment).
        Pour revenir au format court en relation avec l’usage des clichés dans la construction de personnages. Je pense qu’il est également possible de construire sans clichés. Red F0xx a, il n’y a pas si longtemps que ça, parlé d’Emily The Strange qui, du haut de son statut de logo, de mascotte, sort des clichés. (Finalement, je me demande si les vignettes dans lesquelles apparaît Emily The Strange peuvent réellement être considérées comme un format court. En effet, leurs variétés permet au personnage d’expérimenter un maximum de situations sans réels liens, ce qui n’est pas le cas dans un film Disney d’1h30-2h centré autour d’une intrigue spécifique).

  5. @Laurent : juste un petit clin d’oeil par rapport à Marion Zimmer Bradley, qui a un peu sombré dans les méandres de l’oubli, et dont l’oeuvre majeure vient d’être re-éditée 😉
    J’avais adoré Les Dames du Lac et c’est vrai que ses héroïnes sont souvent des femmes ! Elle aborde des sujets assez sensible (genre la contraception, l’avortement, le droit pour une femme de choisir sa vie etc) tout ça dans des univers super intéressants 🙂
    Désolé pour le HS ! Mais Disney devrait + s’inspirer d’elle niveau adaptations :p

  6. Je tiens a marqué une différence, Rebelle est de Pixar, et non, de Disney (Même s’il a été racheté). Pixar gardera toujours pour moi un vent de fraîcheur. Des héros et héroïnes « atypique ». Des insectes, des monstres, etc. Ils semblent toujours avoir voulu mettre une claque à Disney. Qui impose comme morale « Trouver l’amour, Tricher pour gagner (Wreck-it-Ralph) » et que si dans un premier film s’éloigne de « trouver l’âme soeur » comme dans Mon frère l’Ours (Brother Bears) on y retournera dans la suite… sans surprenant qu’on soit comme complexé du célibat. Alors que Pixar à toujours prôner « L’amitié, Écouter son coeur/suivre sa propre voie » N’est ce pas dans Les Incroyables (The Incredibles)que l’on voit sa femme et ses enfants partir à la rescousses du père? Et qu’à la fin, la famille unis ses forces, nous donnant comme morale « La famille c’est tout » ?

  7. Bonjour, ça fait belle lurette que l’article est sorti visiblement mais je voulais tout de même apporter ma pierre a l’édifice. Je m’excuse d’avance pour mon orthographe plus que moyenne, j’ai quelques soucis d’attention (sans comptent qu’en vrai j’écris à 5h du mat’ hum.)

    C’est rare que je ne sois pas d’accord avec un article décortiquant une série ou un film pour souligner les points sexistes, mais là je dois avouer avoir trouvé que vous voyiez le mal où il n’est pas forcément. Je ne dis pas que les Disneys sont dépourvus de sexisme (surtout les « premiers », étant donné la façon de penser très réductrice de l’époque: « toi femme -> ménage/gosses/soumission/riend’autre/commetacru/lessandwichpeut-êtreenfaiteparcequejesaisquetuvisdanslacuisineenvrai ») Mais là, reprocher à Sébastien de dire au père que s’il avait été à sa place elle aurait su qui est le patron? Je rappelle qu’Ariel a 16 ans, que son père est son seul parent, évidemment qu’il est le patron!

    Certes Gaston est virilisé à outrance et quelqu’un en chante l’éloge mais la personne qui chante est un fanboy et même: ouvertement montré comme étant un idiot. Sa virilité excessive me semble aussi tournée en ridicule et finalement belle s’entiche de la bête quand celui-ci commence à lui montrer des signes de sensibilité, de gentillesse.

    Je pense aussi qu’il ne faut pas être trop dure avec les princes, ok dans les premiers Disney (entre autre, j’admet), la princesse se dit qu’elle veut faire sa vie avec son prince après l’avoir vu 5 minutes à peine. Mais Eric à pour lui la douceur et la sensibilité non? Aurore tombe amoureuse du prince phillippe (quelque soit l’orthographe de son nom) alors qu’elle ne l’a vu que dans la forêt; elle ne sait pas qu’il est prince et lui aussi fait preuve de douceur et de gentillesse. (<– des caractéristiques dites féminines ça, non?)

    Aussi les méchants son peut-être efféminés (ça ne m'avait jamais tapé dans l'oeil, j'ai du lire des articles pour me dire qu'ils avaient effectivement certains aspects féminins, mais ce n'est pas le cas de chacun d'entre eux… (Gaston, Frolo…)), mais ça ne les empêche pas d'être aimé? (du public, on est d'accord! (quand j'étais petite j'étais très amoureuse de Scar ♥)) ça ne les tournes pas forcément en ridicule?

    Et enfin: la chanson comme un homme de Mulan est le point de vue de Shang, Encore une fois il ne faut pas oublier qui chante et dans quel contexte. Et puis si Mulan parvient à gagner par la ruse et non par la force c'est parce qu'elle est toute maigrichonne voila tout, son pote ling aurait du faire de même, surtout face a Shan Yu qui est une véritable armoire a glace! Et ils montrent en plus qu'elle est capable des même prouesses physiques que ses camarades, elle n'est pas rabaissée parce qu'elle est une femme…

    Bon j'espère que je n'ai pas compris l'article de travers et fait trop de HS mais voici mon point de vue sur la question. Sur ce je vous souhaite une Agréable journée 🙂

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