Les Dégenreuses

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E3 – Electronic Entertainment Expo Evolution ? 2/2 – Les Babes

2 Commentaires

Bon, on a parlé des jeux vidéo, des consoles et des conférences à l’E3 la semaine dernière, mais on sait bien que ce n’est pas pour ça qu’un certain nombre s’y rend (et se vante de s’y rendre). Cette fois, on se penche sur un phénomène habituel – une « tradition » – des grandes conventions de gamers, planètes « mâles » paraît-il, et dont l’E3 tire sa réputation : les babes.

Certains gamers qui suivent l’actualité de leur industrie préférée n’auront pas manquer de déplorer leur rareté cette année. Pour les autres, la booth babe, c’est cette « créature » destinée à « égayer les stands », dixit ce journaliste « spécialisé » qui le dit ouvertement :

Moi, je l’assume, moi. Je viens à l’E3 pour les babes, pas pour les jeux.

Dans l’article de JeuxActu E3 2013 : Mais où sont passées les babes ? (l’article en ligne a depuis été modifié. Vous trouverez la version original sauvée par Mar_Lard ici), on peut ainsi lire le désespoir des journalistes « spécialisés » :

Un drame pour notre chasseur Maxime qui a l’habitude de photographier ces courbes toujours aussi parfaites et envoûtantes, et il faut bien reconnaître que le salon américain perd du coup son atout charme qui permettait de contrebalancer avec ce taux de testostérone assez élevé. Bon, nous en avons quand même croisé quelques unes, mais rien de bien extraordinaire par rapport à la déferlante de strings à laquelle nous étions habitués jusqu’à présent. Bref, autant vous dire que l’heure est grave les enfants : si on continue sur ce rythme, il n’y aura vraisemblablement pas de clip de babes cette année ! Chaud.

On se permettra simplement de relever la syntaxe hasardeuse et le manque de logique de la remarque. Si les babes, en effet, sont principalement des femmes, elles sont loin de « contrebalancer avec [un] taux de testostérone assez élevé », mais, au contraire, plus proches de servir des hormones mâles qui se diluent de plus en plus dans un public hétérogène.

Et JeuxActu de surenchérir devant ce « drame » (preuve en vidéo). On y reconnaît bien que « certains éditeurs [misent] davantage sur le nombre de filles dénudées que sur les jeux, histoire d’attirer un maximum de personnes et ainsi promouvoir leur marque » et que les babes sont « embauchées pour aguicher le journaliste un peu pervers« . On y regrette aussi l’action des « lobby féministes [qui] tentent de faire interdire la présence de ces demoiselles à peine vêtues sur les stands de jeux vidéo« .

Bref, des éditeurs qui veulent attirer le journaliste spécialisé (je me demande bien dans quoi, hum) sur leurs stands. Et ceux de JeuxActu sont loin d’être les seules « victimes« . D’ailleurs, le président de l’ESA* Michael Gallagher ne manquera pas de le souligner : « Chaque exposant prend la décision d’utiliser des modèles [babes] ou non. Un tel choix est ensuite régulé par nos standards, de la même façon que le font les salons dans le pays […] ». Il est vrai qu’en 2006, l’ESA avait limité la surface de peau des babes disponible au zieutage, ce qui n’a par la suite pas empêché les dérives. Notons que la Penny Arcade Expo – qui contrairement à l’E3, n’est pas destinée aux professionnels mais aux consommateurs – de Boston et de Seattle ont interdit les babes suite à un sondage qui mettait en avant le fait que seuls 12% des interrogés étaient absolument contre la suppression des babes. Désormais, la « nudité partielle » y est interdite, à moins qu’elle soit nécessaire dans le cadre d’un cosplay fidèle, et les modèles doivent connaître les produits : bref, être de vraies représentantes de la marque et non plus de simples poupées, elles présentent les produits et n’en sont plus elles-mêmes.

Après cette mesure, certains en sont venus à regretter que l’E3 n’en ait pas pris officiellement de telle. Ben Kuchera explique pourquoi c’est aussi un réel problème pour l’industrie vidéoludique.

Alors, pourquoi est-il nécessaire de changer ? D’après les chiffres de l’ESA, le public féminin n’a jamais été aussi important : 47% des joueurs sont des joueuses et leur nombre croit à une vitesse supérieure à celle de n’importe quel autre marché de l’industrie. Impossible à deviner dans les couloirs de l’E3 où la majorité des femmes présentes le sont pour attirer le mâle grâce à leurs attributs sur les stands. Ainsi, « elles renforcent le fait que les jeux sont marketés et principalement désignés pour une part de la population qui ne nous [les femmes, ndlr] prend pas en compte.  […] Il devient de plus en plus clair que nous ne sommes pas « censées » aimer les jeux et qu’ils ne nous sont pas destinés » déclare Tami Baribeau, rédactrice en chef du blog The Border House. Et ce n’est pas la seule femme de l’industrie à s’en plaindre. A l’occasion de l’E3 2012, la Game Designeuse Brenda Romero aurait confié son malaise sur Twitter, et son impression d’ « être rentrée dans un club de strip-tease sans le vouloir« . Dommage, parce qu’il semble que ce sont justement vers les femmes que les éditeurs doivent se tourner. Selon une étude de 2012, ce ne sont pas les jeunes hommes, mais les femmes entre 40 et 60 ans qui seraient les principales utilisatrices et consommatrices de produits technologiques. Il y aurait donc de l’argent à se faire en construisant un environnement beaucoup plus propice à la présence féminine.

D’autre part, la présence de babes dessert les éditeurs. On met en avant leur capacité à attirer l’attention, mais quel genre d’attention cherchent-ils vraiment ? L’appel de la chair encouragera peut-être certains journalistes à se jeter sur les articles promotionnels, mais il y a bien d’autres moyens de faire parler de votre marque et de vos jeux. Comment ? Stephanie Schopp, attachée de presse spécialisée dans l’entertainment, habituée du marché vidéoludique, suggère ainsi l’emploi de modèles des deux sexes promouvant le jeu lui-même : « Si vous avez, par exemple, un personnage d’Assassin’s Creed à votre stand, je pense qu’il attirerait autant l’attention que des femmes« . Nous ne pouvons qu’approuver. Ainsi, les éditeurs joueraient sur autre chose que le sex-appeal mais également sur la créativité et le contenu des jeux, riches, par ailleurs, et méritant largement sa place à l’E3. Quelque chose que Nintendo semble déjà avoir compris avec le cosplay réussi de la nouvelle Bayonetta à son stand :

bayonetta-2

Et Ben Kuchera de conclure :

Le jeu vidéo est une forme d’art attirante, et il mérite un salon qui valorise et accueille tous les joueurs.

Alors, les babes sont-elles vraiment nécessaires ? Si elles sont là pour le plus grand plaisir de quelques-uns, leur présence ne fait-elle pas plus de tort que de bien  à l’ensemble de l’industrie vidéoludique ? Leur disparition progressive est en tout cas un signe de maturation de la jeune industrie et de ses acteurs.

* The Entertainment Software Association ou Association du logiciel de divertissement est une association qui se consacre aux besoins commerciaux et de relations publiques des entreprises qui produisent des jeux vidéo. Il s’agit de la société organisatrice de l’E3.

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Auteur : borderblue

Elfe invocatrice, accesoirement étudiante en Marketing & Communication. Rôliste et MJ à ses heures perdues. Amatrice de MMORPGs au point d'être GM, de littérature (de qualité littéraire, j'y tiens) fantasy, fantastique et parfois SF, de cases et de bulles d'ici et d'ailleurs. Nippophile et adoratrice de Nintendo. Geek depuis Sonic et la MegaDrive. Féministe avant même de le savoir.

2 réflexions sur “E3 – Electronic Entertainment Expo Evolution ? 2/2 – Les Babes

  1. JE trouve les commentaires des journalistes hallucinants, moins pour ce qu’ils écrivent que pour le public qui les lit et qui approuve. ‘fin, moi je lirais ça je serais super vexée : une habitude au string, pervers … bref, le gros cliché du puceau qui a jamais vu une culotte quoi. En fait ils s’insultent entre eux.

    (et le lobby féministe … LOL)

  2. Si je trouve intéressante l’évolution dans le domaine vidéoludique, le concept de « babe » est quand même encore lourdement utilisé pour plein de choses, notamment sur les salons concernant les… voitures :x.

    Mais bon, peut-on espérer que pour le coup, le domaine vidéoludique fasse ce qu’il ne fait plus depuis un certain temps : être avant-gardiste ?

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