Les Dégenreuses

Blog féministe & geek

De la banalité du viol

6 Commentaires

*Trigger warning : cet article traite du viol et des agressions sexuelles en général*

« La banalité du viol » : cette expression pourrait paraître incongrue, monstrueuse même, tant ce crime n’est pas « banal » dans son horreur et dans ses conséquences. Mais je tiens à reprendre – très modestement – l’expression de la philosophe Annah Arendt « la banalité du mal ». Ce qu’elle voulait dire par là c’est que le mal pouvait venir des êtres les plus médiocres, les plus « banals » et ne naissait pas forcément des actes de génies du mal ou d’êtres fous, pathologiquement malades. C’est cette idée que j’aimerai reprendre. Que le viol n’est pas seulement (même si c’est aussi parfois le cas) l’œuvre de fous qui surgissent de derrière un buisson en pleine nuit et sautent sur une femme la bave aux lèvres. Non.

Les personnes qui commettent des agressions sexuelles* ne sont pas que des personnes malades. Ces personnes sont des gens ordinaires. Ils peuvent être n’importe qui. Un collègue de bureau, un moniteur de colo, un cousin, un petit ami, ce mec mignon que vous avez dragué à la dernière soirée, ce camarade de classe qui a l’air très gentil, la prof d’anglais, le caissier du supermarché, le pote de votre meilleur pote, le boulanger, le maire de votre bled, le médecin de votre village, un.e ami.e de vos parents. Les violeurs peuvent être n’importe qui. Des gens cruellement banals, ordinaire, sans histoire. Jeunes, et moins jeunes. Ils ont 15 ans, ils ont 60 ans, ils sont pauvres, ils sont riches, ils sont vos ami.e.s, ils sont vos collègues, ils sont vos camarades.

Attention, je ne dis pas que « tous les hommes sont potentiellement des violeurs ». Non, je dis simplement que « les violeurs sont potentiellement des hommes ». Des hommes « normaux », des hommes que l’on croise tous les jours. Et pas seulement des tarés surgissant de la nuit avec un rire machiavélique.

Et le viol est banal non seulement par la banalité de ses bourreaux, mais aussi par la banalité de ses victimes. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Les violé.e.s ce sont des gens ordinaires, des gens banals. Votre meilleure amie, votre grande sœur, votre petite copine, votre prof, votre collègue de boulot, la serveuse de votre bar favori, le pote de votre pote, votre amoureux, cette nana que vous avez dragué à la dernière soirée, la médecin de famille, la boulangère. Elles et ils sont des gens ordinaires, des gens banals. On estime dans une société occidentale comme la nôtre qu’environ 1 femme sur 5 a subi une agression sexuelle. Une sur cinq. Combien de femmes connaissez-vous ? Combien de femmes y-a-t’il dans votre entourage ? Dans votre lycée/fac/école ? Dans votre entreprise ? Faites le calcul, ajoutez les victimes masculines (1 homme sur 33), et même si vous n’êtes pas au courant du passé de vos proches, vous comprendrez aisément que vous connaissez forcément des victimes de violences sexuelles.

La plupart des victimes connaisse leur agresseur. La plupart des agressions a lieu dans un endroit connu de la victime. La moitié des viols sont commis sans aucune violence physique : la peur, le chantage, l’usage d’alcool/drogue, l’autorité sont autant d’armes « non-violentes physiquement » dont peuvent user les violeurs, sans parler des cas où la victime est tout simplement inconsciente ou endormie. Un viol, ce n’est pas forcément dans une ruelle sombre sous la menace d’un couteau. C’est aussi dans la chambre conjugale, dans le dortoir de la colo, dans l’ascenseur de votre immeuble, dans le studio d’un copain, dans les toilettes de l’étage du service marketing.

Banalité des lieux, banalité des moments. Banalité du viol.

Alors pour que ce crime ne soit plus tristement banal, il faut continuer à se battre pour dénoncer la rape culture, pour faire augmenter les pourcentages de plaintes (8% seulement aujourd’hui en France) et les condamnations (moins d’une plainte sur 3 débouche sur une condamnation, ce qui signifie que seulement 2% des viols sont condamnés). La récente affaire de Steubenville a encore malheureusement trop bien illustré la prégnance de la rape culture dans nos sociétés occidentales. Il est donc temps de s’indigner, de parler, de libérer la parole des victimes, d’éduquer, d’apprendre aux jeunes à ne pas violer, de travailler sur la notion complexe de consentement et de mettre la notion de respect au cœur des relations entre les êtres humains. Pour que plus jamais on ne puisse parler de « banalité du viol ».

*Selon la législation française, un viol implique une pénétration, l’expression « agression sexuelle » recouvre donc toutes les agressions à caractère sexuel, y compris les viols.

Sources :

http://www.contreleviol.fr/viol-en-france/les-chiffres

http://pasdejusticepasdepaix.wordpress.com/les-chiffres-des-viols-en-france/

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Auteur : Red F0xx

Étudiante en marketing et communication, aime traîner sur l'interweb mondial, membre de l'Eglise de la Licorne Rose Invisible (Blessed Be Her Holy Hooves).

6 réflexions sur “De la banalité du viol

  1. Le viol comme phase ultime d’une violence dominatrice, mais jamais enregistré comme plainte

  2. Le problème est que le viol, qui est tout de même un acte de torture, quoi qu’on en dise, n’a pas pour origine l’idée de violer ou de faire souffrir. Le viol émane de l’idée que l’autre peut être contrôlé, notamment si cet « autre » est une femme.

  3. Penser à mettre des modèles qui ne jouent pas les codes de la séduction et de l’« amélioration » de la femme jamais acceptable telle quelle dans votre bannière. Parce qu’en ce moment, elle est super genrée. Hélas. Pas que les hommes qui ont à se mettre au boulot, plein de femmes aussi. OUI, éliminer les genres, ces constructions idéologiques semant la guerre et la souffrance.

    • Nous avons fait le choix de mettre différents personnages féminins forts de la culture geek dans notre bannière, qu’elles suivent ou non (exemple : Daria ou Emily The Strange) les codes de la séduction. Nous avons aussi fait le choix de mettre des personnages conçus dans une perspective sexiste (ex : Lara Croft) mais que de nombreuses femmes se sont ré-approprié pour en faire un personnage fort. Pour nous, « éliminer les genres » n’a pas de sens, ce qui est pertinent est de supprimer les injonctions/assignations relatives à un genre en particulier (ex : les femmes ne doivent pas jouer au foot parce que c’est un sport « masculin »).

  4. Tout à fait d’accord, servons-nous des armes que nous avons pour résister aux stéréotypes et autres assignations à subordination de gré ou de force, par la banalité et l’impunité des féminicides… http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/cest-de-la-carte-tentative-darticle.html

  5. Pingback: The Amazing Sexist | La Rhubarbe Masquée

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