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J’étais une Manic Pixie Dream Girl – Laurie Penny

3 Commentaires

Les hommes grandissent en espérant être le héros de leur propre histoire. Les femmes grandissent en espérant être le second rôle dans celle de quelqu’un d’autre.

Zooey Deschanel, l’archétype de la Manic Pixie Dream Girl

Zooey Deschanel, l’archétype de la Manic Pixie Dream Girl


Ce texte est une traduction originale de l’article de Laurie Penny publié sur le NewStatesman « I was A Manic Pixie Dream Girl » que nous publions avec l’autorisation de son auteure. Nous avons décidé de le traduire afin de le rendre accessible au public francophone non-anglophone.

Le terme « Manic Pixie Dream Girl » est utilisé tel quel en langue française, sans doute dû à la difficulté de sa traduction globale. Pour une meilleure compréhension, voici un petit coup de pouce :
Manic = très enthousiaste et débordante d’énergie
Pixie = petite fée
Dream girl = la « fille de tes rêves »

Comme la gale et la syphilis, les Manic Pixie Dream Girls étaient parmi nous bien avant qu’on les nomme précisément. Ce fut le critique Nathan Rabin qui inventa le terme dans une analyse du film Rencontres à Elizabethtown, expliquant que le personnage de la Manic Pixie Dream Girl « existe uniquement dans l’imagination exaltée de délicats auteurs-réalisateurs pour apprendre aux jeunes hommes profondément sensibles à embrasser la vie et ses infinis mystères et aventures ». Elle surgit de toute part ces derniers temps, dans les films, les bandes-dessinées, les romans et sur le petit écran, cette fascinante intello solitaire avec sa joie de vivre [ndlr, en français dans le texte] magique qui ennuie à mourir quiconque aime que les femmes existent dans toute leur dimension.

Ecrire sur Dr. Who cette semaine m’a fait réfléchir sur le sexisme dans la narration, et sur la façon dont nous dépendons de la création peu soignée de personnages dans la vie comme dans la fiction. Le Docteur est devenu l’ultime héros sensible et ruminant qui a besoin d’une Manic Pixie Dream Girl pour le sauver du vortex de son apitoiement sur lui-même habituellement provoqué par la mort, la disparition ou l’abandon dans un univers parallèle de la fille précédente. On ne peut pas laisser le Docteur dans cet état. Une planète peut exploser quelque part, ou il peut décider d’utiliser ses pouvoirs pour faire le mal, ou son nœud-papillon peut avoir besoin d’être ajusté. Ses compagnons de ces trois dernières années, depuis le dernier reboot de la série, ont été le nec plus ultra en terme de clichés bâclés et sexistes, toute tentative de créer un personnage féminin intéressant ayant été remplacé par… Cette Fille.

Amy Pond était Cette Fille ; Clara Oswald a été Cette Fille ; River Song, il est assez intéressant de le noter, n’a pas fait ses débuts en tant que Cette Fille, mais le personnage a été changé de force en Cette Fille quand elle a cessé de correspondre au canon d’une série qui méprisait les femmes puissantes et intéressantes, puis jetée quand elle est devenue trop vieille pour le rôle (« Ne le laisse pas voir ton âge » a été le dernier conseil de River dans la dernière saison). Ni « La Fille Qui Attend », ni « La Fille Impossible » ne sont des personnes réelles. Ce sont des titres d’histoires. Ce sont des histoires qui arrivent aux autres. Ce sont ce que les filles sont censées être.

Les hommes grandissent en espérant être le héros de leur propre histoire. Les femmes grandissent en espérant être le second rôle dans celle de quelqu’un d’autre. En tant qu’enfant qui a grandi avec des livres, des films et des histoires pour amis, c’était toujours ces injustices narratives qui m’énervaient plus que tout. Elles prenaient la forme d’une douleur aiguë sous la cage thoracique, le genre de douleurs à la poitrine qui durent des minutes, des heures entières et qui peuvent être bénignes ou signifier qu’on meurt lentement de quelque chose d’atrocement banal. Ça m’a frappé quand j’ai compris à quel point peu de filles partaient à l’aventure. J’ai commencé à lire de la science-fiction et de la fantasy bien avant Harry Potter et Hunger Games, avant que le dénouement n’offre aux personnages principaux féminins grand public plus que les bras du héros. Bien sûr, c’étaient des garçons manqués et des bad girls, mais elles étaient folles et souvent tuées ou mariées sans tarder. Les dames hobbits ne portent pas l’anneau en Mordor. Elles restent à la maison dans la Comté.

Les histoires sont importantes. Les histoires sont la façon dont nous donnons du sens au monde, ce qui ne veut pas dire que les histoires ne peuvent pas être stupides, simplistes et pleines de mensonges. Les histoires peuvent exagérer, offenser mais elles sont toujours importantes, toujours. Dans son dernier livre, Present shock [ndlr, inédit en français], Doug Rushkoff discute le phénomène d’ « effondrement narratif » : l’idée selon laquelle entre le 11 septembre 2001 et le crash financier de 2008, toutes les vieilles histoires sur Dieu, le Devoir, l’Argent, la Famille, l’Amérique et le Destin de l’Occident s’étaient désagrégées, nous laissant avec moins de contes de fée durables pour lesquels donner sa vie et encore moins de contes de fée pour lesquels vivre.

C’est plausible, mais la panique à venir, l’avenir lui-même, n’est pas également réparti. Ne plus être sûr de l’histoire qu’on vit est une expérience qui dépend de si on s’attend à être le héros de l’histoire ou pas. Les personnes considérées comme inférieures, notamment les femmes et les filles, n’ont souvent pas cette attente. Nous espérons être des personnages secondaires qu’on oublie, ou parfois, avec de la chance, des objets à portée de main que le héros passerait en bandoulière et porterait jusqu’à la dernière page. La seule façon que nous avons d’être dans des histoires est d’être des histoires nous-mêmes. Si nous voulons que quoique ce soit d’intéressant nous arrive nous devons être une histoire qui arrive à quelqu’un d’autre, et quand on est une jeune fille en face d’un scénario, il n’y a qu’un nombre limité de rôle qu’on peut choisir.

Les Manic Pixies, comme les autres archétypes féminins, sont apparues dans la vraie vie en partie parce que la fiction crée la vraie vie, particulièrement pour ceux d’entre nous qui y grandissent immergés. Les femmes se comportent de la façon qu’elles trouvent gratifiante dans des histoires écrites par des hommes qui savent mieux, et les hommes et les femmes cherchent des amies et des partenaires qui leur rappellent une fille qu’ils/elles ont rencontrées dans un livre, un jour qu’ils étaient jeunes et pleins d’aspirations.

La Manic Pixie Dream Girl était l’histoire qui me convenait. Bien sûr, je n’y pensais pas en ces termes ; tout ce que je voyais étaient les livres et les séries que j’adorais – principalement de la science-fiction, des bandes dessinées et de la littérature décalée, pas les films grand public qui rendront les MPDG célèbres plus tard – il y avait certains types de fille qu’on pouvait être, et si vous n’étiez pas un canon à forte poitrine, si vous étiez peut-être un peu étrange, intelligente et brune, il y avait une autre option.

C’est comme ça que je suis devenue une Manic Pixie Dream Girl. Les traits physiques et psychologiques de base, je les avais déjà, et la plupart furent sans doute perfectionné par le désir de plaire qu’on a inculqué à la petite fille que j’étais – parce que cette attitude plait aux gens, particulièrement aux jeunes hommes tristes et brillants au nez fourré dans les livres qui ont souvent été mes amis ou mes amants. J’avais la matière première : je mesure 1,52m, pas plus, petite et menue avec la peau couleur de quelque chose qu’on aurait laissé au fond d’une mare pendant trop longtemps et les cheveux en bataille parfois colorés d’une provocante nuance rouge ou rose. Enfin, c’était avant que je me débarrasse définitivement de toute coloration l’année dernière, en partie pour que les Zach Braff [ndlr, acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain modèle de ces fameux « garçons sensibles »] arrêtent de me suivre dans les magasins et aussi pour que j’arrête, moi aussi, d’éclabousser ma salle de bain de tâches technicolor à lui donner des allures de scène où un Muppet aurait été sauvagement assassiné.

Et oui, je suis un peu étrange, sensible et dans la lune, et je garde quelque croyance embarrassante dans l’ultime morale de l’humanité et l’éclat transformatif de la musique, bien que je sois partagée concernant les Shins [ndlr, groupe de rock américain]. J’adore danser, je joue (mal) de la guitare, et je joue aussi – puisque nous sommes en mode confession, cher lecteur, entendez la mienne et pardonnez – je joue aussi du ukulélé. Oui, vraiment. J’écris ceci en partie parce que le trope [ndlr, trope peut se traduire par cliché] de la MPDG n’est développé avec justesse dans aucun des genres que j’ai lu, vu et qui m’ont plu. Ce n’est jamais un personnage dont on adopte le point de vue et elle n’est pas comprise de l’intérieur. C’est un de ces clichés féminins qui ne permet précisément aucune intériorité. A la place d’une personnalité, elle a des excentricités, un groupe vaguement transgressif dont elle est fan, et une frange funky.

Je suis fascinée par ce personnage et ce qu’elle signifie pour les gens, parce que l’expérience d‘être elle – de jouer son rôle – est extrêmement différente de ce qu’elle semble être de l’extérieur. Ces dernières semaines j’ai visionné les classiques de Manic Pixie Dream Girls que je n’avais jamais vu et j’ai été frappé de voir combien nombre d’entre elles se réclament être des archétypes revisités de manière ironique, archétypes qu’ils échouent à remettre en question de quelques façons que ce soit. L’ironie est, bien sûr, le dernier vestige de la crypto-misogynie moderne : tous ces stéréotypes bâclés et ces répliques cinglantes sont une blague en définitive, exactement jusqu’à ce qu’ils n’en soient plus, et que, clairement, on ait besoin d’un homme pour nous expliquer quand et s’il faut prendre le sexisme sérieusement ou en rire.

L’un de ces films soi-disant ironique est (500) jours ensemble dont le générique d’ouverture se réfère au chagrin d’amour réel sur lequel l’auteur-réalisateur Scott Neustadter a fondé le personnage de Summer. « Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est que pure coïncidence. Surtout toi, Jenny Beckman. Salope. »

Les hommes écrivent les femmes, et les réécrivent pour se venger. C’est une histoire d’obsession et de contrôle. Peut-être que le plus intéressant de ces classiques est le plus récent Elle s’appelle Ruby, écrit par une femme, Zoe Kazan, qui tient également le rôle principal. L’histoire tourne autour d’un jeune auteur frustré qui s’écrit une petite amie parfaite, jusqu’à ce qu’elle prenne vie. Quand elle s’avère plus difficile à maîtriser dans la réalité que ce qu’elle l’était sur le papier, le frère de l’écrivain fait ce commentaire : « Tu as créé une fille, pas une personne ».

« Je pense que définir une fille et la rendre adorable à cause de ses goûts musicaux ou parce qu’elle porte des vêtements mignons est vraiment une manière superficielle de voir les femmes. Je voulais montrer ça. » a dit Kazan dans une interview au Huffington Post. « Tout le monde entreprend de créer un personnage complet. C’est juste que certaines personnes ont une vision limitée de ce qu’est une fille ».

Ces limites de l’imagination, cet échec de la narration s’impose sur la page, aussi, de la plus personnelle des manières. J’ai arrêté d’être une Manic Pixie Dream Girl vers le moment à peu près où je me suis débarrassée des derniers vestiges de mes troubles de l’alimentation et où je me suis attelée à ma carrière. C’est tellement plus facile, si on a le choix, d’être une fille et non une personne. C’est nettement beaucoup plus facile d’être une fille que de faire le travail d’être une femme, notamment quand on sait que ces femmes effraient beaucoup plus les hommes dont l’approbation parait si vitale à notre bonheur. Et pourtant, quelque chose en moi se rebellait contre l’idée d’être un personnage dans l’histoire de quelqu’un d’autre. Je voulais écrire la mienne.

J’ai commencé à avoir du succès, de façon modeste, et ça a entièrement et soudainement changé la façon dont j’étais perçue. Je n’étais plus Cette Fille. Je n’avais plus le temps de sauver les garçons. J’avais manifestement d’autres priorités, et celles-ci incluaient l’écriture. On ne peut pas être écrivain et avoir écrit autre chose que la romance centrale de sa vie, c’est quelque chose qu’on ne dit pas sur le fait d’être écrivaine : c’est sa solitude particulière. Les hommes peuvent se passer impunément d’écrire des histoires d’amour. Les femmes non : nos partenaires et, éventuellement, nos enfants doivent être la priorité. J’étais ce qui se faisait de pire : je n’écrivais pas des poèmes ou des livres d’enfants, j’écrivais des chroniques dans les rubriques politiques. Récemment, j’ai essayé de répondre « la mode » à la place de « la politique » quand les hommes me demandaient par hasard à propos de quoi j’écrivais. Et le résultat a été une augmentation de cent pour cent d’acquisition de numéros de téléphone, cartes de visite et invitations à boire. Mais c’est sensiblement moins que ce que je recevrais si je disais que j’écrivais « de temps en temps, dans un carnet, pour moi-même ».

Personnellement, je n’écris pas souvent sur l’amour et le sexe ces derniers temps, même si je passe beaucoup de temps à y penser, comme tout le monde dans la période « C’est compliqué » de la vingtaine.
Dernièrement, pourtant, comme j’ai travaillé plus longuement sur le sexisme, les problèmes de classe et de pouvoir, j’en reviens de plus en plus à l’amour, à la chair et à l’intimité de la baise, et comment elle amène traîtreusement à embrasser. J’ai parcouru beaucoup de théories féministes à l’heure où certains tricotent ou sortent courir, et j’étais préparée à rendre le personnel politique. Ce que je n’ai compris que récemment, c’était que le politique peut être très personnel.

Il n’y a jamais eu de moment dans ma vie où j’ai décidé de devenir écrivain. Je ne me souviens pas d’un moment particulier où je n’ai pas su que ce serait ce que je ferais, pour toujours. Mais il y a eu des moments où je n’ai pas écrit, parce que j’étais trop déprimée, anxieuse ou que je fuyais quelque chose, et ces moments ont coïncidé presque exactement avec ceux où je suscitais le plus d’attention sexuelle chez les hommes. J’aurais souhaité savoir, à 21 ans, quand j’ai décidé de vivre de ma plume si je le pouvais, que cette décision impliquait le choix d’intimider les hommes qui me plaisaient, le choix d’être moins séduisante, le choix d’arrêter d’être Cette Fille et de commencer à devenir une femme adulte, ce qui est la pire chose possible qu’une fille puisse faire et qui est la raison pour laquelle tant de personnages de Manic Pixie Dream Girl, écrits par des hommes geeks et scénaristes soit meurent tragiquement jeunes ou sont d’une façon ou d’une autre fixées pour l’éternité à l’âge physique et mental de dix-neuf ans et demi. En attendant, la pire chose en étant une MPDG dans la vraie vie est le regard de désapprobation sur le visage de quelqu’un à qui on tient, quand ils réalisent que vous n’êtes pas du tout leur fantasme – mais une vraie personne qui fait des pets et travaille.

Si j’avais su que les femmes devaient faire des sacrifices pour écrire, je ne me serais pas autorisée à être aussi profondément blessée quand les garçons dont les écrits et le travail me fascinaient trouvaient ces mêmes qualités effrayantes chez moi. J’aurais compris ce que Kate Zambreno voulait dire, dans son merveilleux livre Heroines [ndlr, inédit en langue française], quand elle écrit Je ne veux pas être une femme laide, et quand j’écris, je suis laide. J’aurais été moins surprise quand les hommes m’encourageaient à être plus polie et à laisser mes cheveux pousser alors même que c’était moi qui les aidait dans leur propre carrière. Mon fil d’actualité Facebook est plein de jeunes écrivains que j’ai encouragé à croire en eux, que j’ai bourré de contacts, que j’ai emmené à l’aventure et avec qui j’ai parlé jusqu’au bout de la nuit sur la signification du journalisme et qui sont maintenant en relation durable avec des personnes ravies d’être Cette Fille. J’aurais compris assez clairement ce que j’étais quand je choisissais, à peu près au moment de préparer deux valises et de sortir sur Garden State Boy [ndlr, référence au film Garden State], d’être une personne qui écrit sa propre histoire plutôt que celle des autres.

J’essaie toujours, maintenant, à propos des hommes dans ma vie, d’être aussi peu frénétique, aussi peu espiègle, et aussi réelle que possible, parce que je ne veux pas donner de fausses impressions. Et c’est une lutte acharnée. Parce que je suis toujours une personne petite et amicale prompte à l’agitation qui porte des vêtements bariolés et qui a une tendance au cucul. Je sais toujours que si je le voulais, je pourrais séduire un de ces jolis intellos coincés et perdus pour lesquels je me prends de faiblesse en mettant en avant le cucul et en mettant en attente l’intelligence, de la même manière que je sais que la douleur dans leur yeux quand ils réalisent qu’on est une vraie personne n’est pas quelque chose que je veux revoir. J’adore toujours partir à l’aventure mais je n’emmène plus d’hommes-enfants mélancoliques dans mes bagages quand je pars, parce que c’est franchement exténuant. Je joue toujours de l’ukulélé. Je ne plaisantais pas à propos de ce foutu ukulélé. Mais je refuse de brûler mon énergie à mettre de la magie et des paillettes dans la vie des autres pour qu’ils m’aiment. Je suis occupée à jeter des sortilèges pour moi-même. Tous ceux à qui on a déjà raconté un conte de fées savent ce qui arrive aux femmes qui font leur propre magie.

Alors voici ce que j’ai appris, en 26 ans à lire des livres et à embrasser des garçons. D’abord, la femme blanche jolie mais dans la moyenne à la fin de l’adolescence ou dans la vingtaine n’est pas le plus grand, ni le plus profondément insoluble des mystères de l’univers. Faites-moi confiance. Je le sais. Ceux d’entre nous qui ont une once de désir pour la vie sont presque universellement moins intéressants maintenant, que nous le serons à la trentaine ou à la quarantaine. L’éternel secret à notre sujet est que nous ne sommes pas des fantasmes, et que nous ne sommes pas faites pour vous sauver : nous sommes de vraies personnes, avec des défauts, des personnalités fendillées, de grands rêves et un système digestif. Ce n’est pas vraiment un mystère, mais la moitié de la race humaine – celle qui a tendance à rêver d’un idéal soumis, exploitable et transcendant de l’autre – semble éprouver une indifférence perverse à l’idée de découvrir cet état de fait.

Ensuite, on peut passer toute sa vie à construire une histoire qui arrive à quelqu’un d’autre. On peut changer, remplir, faire table rase de tous les aspects de sa personnalité qui ne conviennent pas à l’histoire que les garçons ont espéré en grandissant, mais, éventuellement, un jour, on se réveillera et on voudra quelque chose d’autre, et il faudra choisir.

Parce que l’autre chose avec les histoires, c’est qu’elles ont une fin. Les livres se ferment et on se retrouve seule avec soi-même, une foutue femme adulte sans plus aucun détritus culturel à partir duquel se construire une personnalité. J’ai essayé d’être un personnage dans une histoire que quelqu’un d’autre avait écrit pour moi et j’ai échoué. Ce qui me concerne, maintenant, c’est créer de nouvelles narrations, faire de la place dans l’imaginaire collectif pour les femmes qui n’ont pas eu le droit d’en avoir autant avant, pour les femmes qui n’existent pas pour plaire, pour ravir, pour séduire les hommes, pour les femmes qui ont autre chose en tête. Écrire est un autre genre de magie, et tout le monde sait ce qui arrive aux femmes qui font leur magie – mais c’est un risque qu’on doit prendre.

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Auteur : borderblue

Elfe invocatrice, accesoirement étudiante en Marketing & Communication. Rôliste et MJ à ses heures perdues. Amatrice de MMORPGs au point d'être GM, de littérature (de qualité littéraire, j'y tiens) fantasy, fantastique et parfois SF, de cases et de bulles d'ici et d'ailleurs. Nippophile et adoratrice de Nintendo. Geek depuis Sonic et la MegaDrive. Féministe avant même de le savoir.

3 réflexions sur “J’étais une Manic Pixie Dream Girl – Laurie Penny

  1. Merci pour cette traduction de Laurie Penny. Ca vaut vraiment le coup de la lire… et de continuer sur le dur chemin qu’on a décidé d’emprunter : être, sans concession. Et pas juste servir de papier peint.

    Merci, vraiment.

    • Avec plaisir ! C’était absolument ce pour quoi nous avons choisi de traduire l’article. N’hésite pas à faire tourner autour de toi !

  2. Pingback: Comment le féminisme nuit aux hommes – Micah J. Murray | Les Dégenreuses

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