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Ce pays qui n’aimait pas les femmes

4 Commentaires

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Mardi 3 décembre 2013, un reportage est diffusé sur Arte : « Le pays qui n’aimait pas les femmes ». Ce pays c’est l’Inde, société profondément patriarcale qui est resté bloquée dans son passé colonial. Petit résumé.

Décembre 2012 en Inde, une étudiante indienne est victime d’un viol collectif dans un bus à New Dehli. Elle mourra de ses blessures. Cet élément a été un déclencheur pour certain-e-s indien-ne-s. La fille de l’Inde comme ils l’appellent est devenu le symbole de la révolte contre cette société ultra patriarcale.

En Inde, une femme est violée toutes les 20 minutes. Alors pourquoi tant d’irrespect envers la femme dans un pays qualifié d’émergent ?

L’infanticide des filles

Les hommes s’accrochent à une tradition barbare qui consiste à tuer les filles à la naissance. Pourquoi ? La réponse est simple : les filles sont des fardeaux, car ça ne travaille pas, ça ne transmet pas le nom de famille et les marier coûte très cher !

Dans le reportage une femme raconte comment elle a du, sous l’ordre de sa belle-mère étouffer sa fille avec du savon. Elle n’a pas refusé car « il faut respecter la tradition ». Pour sa seconde fille, sa belle-sœur et sa belle-mère l’ont prise dès qu’elle est née, l’ont enfermé dans une boîte qu’elles ont recouverte de terre pendant une nuit, où le bébé étouffe lentement. Puis le lendemain, elles enterrent la boîte « se lavent les mains et les pieds et prennent le premier repas de la journée ». Cependant, cette femme a pu sauver une de ses filles. Elle s’est opposée à cette tradition, et pour cela, toute sa famille a été chassée du village.

Nous rencontrons ensuite Gadjendra : figure de proue de la lutte contre l’infanticide. Il y a 30 ans elle a refusé de tuer sa fille. Son mari l’a soutenu, et grâce à son autorité personne n’a touché à sa fille. En 30 ans Gadjenda a sauvé quelques fillettes. Mais certaines familles font accoucher les mères en cachette, et bizarrement, dans certains villages il n’y a que des garçons qui naissent.

Les hommes tiennent à ce pouvoir qu’ils ont sur les femmes. Pour eux si une fille fait des études elle n’écoutera plus ses parents, « comment peut-on laisser sortir une fille ? ». Si elles deviennent l’égal de l’homme elles ne voudront plus travailler à la maison. « Si on ne garde pas nos filles c’est qu’elles nous coûtent beaucoup d’argent. Cette coutume est profondément ancré. Mais on ne parle pas d’infanticide, c’est tabou. Les pères transmettent cette coutume à leurs fils, qui les transmettront à leurs fils également.

Viols et violences

Depuis décembre 2012, les plaintes pour viol ont triplés. La loi a changé et le viol est puni de la peine de mort. Les femmes toléraient tout, mais certaines commencent à sortir du silence grâce aux publicités, aux campagnes d’information. La société a tendance à juger les femmes coupables. Mais le chemin est encore long, 65% des indiennes sont confrontées aux violences domestiques que ce soit en ville ou en milieu rural et seulement un quart des auteurs de violences ont été condamnés l’année dernière.

Alors pourquoi, l’Inde, le pays du Kama Sutra je vous le rappelle, est devenu si fermé, si patriarcal ? Eh bien tout simplement à cause des colons anglais, qui ont imprégné le pays de leurs valeurs puritaines. Depuis qu’ils ont quitté l’Inde, elle n’a pas beaucoup avancé. Oui, l’homosexualité n’est plus un délit, oui le viol est passible de la peine de mort, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire.

J’ai trouvé ce documentaire très bien construit, les journalistes ont suivis 4 femmes aux vies assez différentes : une femme qui a dû tuer ses filles, une femme battue par son mari, une femme violée par des inconnus et une veuve. Ils nous racontent tout simplement leur quotidien sans mise en scène. Je vous conseille vivement de le voir car je ne vous ai pas tout raconté dans les moindres détails, je ne vous ai pas parlé du sort des veuves, par exemple. Je vous laisse donc regarder le documentaire (lien en bas de page), par contre prévoyez une séance de yoga après !

Êtes-vous déjà allé en Inde ?  Que pensez-vous de cette société ? Du documentaire ?

« Le pays qui n’aimait pas les femmes », 53 minutes, production Les Films de la tour,  accessible ici

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Auteur : cixiqing

Vraie fille, vraie geek

4 réflexions sur “Ce pays qui n’aimait pas les femmes

  1. A cause des Anglais, c’est de la désinformation. Certes les moeurs indiennes ont été influencées par le puritanisme victorien, qui a mis un tabou sur la sexualité libérale prônée par l’ancien hindouisme. Mais l’hindouisme lui-même est composé de très nombreux textes (qui ne vont pas tous dans le même sens), dont les lois de Manu, en vigueur depuis 2000 ans, qui entérinent le statut inférieur des femmes et voient le mariage comme un moyen de les contrôler. Les spécialistes du sujet ne sont même pas d’accord concernant la condition des femmes dans l’Inde ancienne, mais ce qui est sûr c’est qu’elle était profondément patriarcale avant l’arrivée des Britanniques – la situation des femmes s’est visiblement dégradée sous l’Empire Moghol, donc avant la colonisation européenne. Et puis en Angleterre, on n’a jamais tué les filles, le taux de viol et de violence n’est pas comparable à celui de l’Inde, les racines du sexisme indien sont plus profondes. L’Empire britannique a d’ailleurs aboli des pratiques comme le sati, lors duquel les veuves se jetaient vivantes dans le bûcher funéraire de leur époux.
    Par ailleurs, le Kamasutra n’est pas rééllement une référence : il a été écrit lors d’une période où les femmes (de l’aristocratie) jouissaient d’une certaine liberté, mais c’était un ouvrage relativement confidentiel, et pas du tout connu comme il peut l’être aujourd’hui. Ces pratiques n’étaient pas celles de tout le monde – on peut trouver dans une même société des courtisanes « libres » dans leur sexualité, des femmes riches puissantes et des femmes du peuple presque esclaves. De la même façon qu’en Chine, le taoïsme a donné naissance à des traités sexuels dans lesquels hommes et femmes sont relativement égaux, l’Inde possède un courant spirituel célébrant la sexualité. Mais à côté, les lois bhramaniques du Veda établissent des discrimination entre les deux sexes (de la même façon que le confucianisme a entériné en Chine le statut social inférieur des femmes). Puis, l’Histoire n’est jamais linéaire, les périodes de liberté ont fait place à des périodes de plus grande oppression suivant qui dirigeait. Bref, tout ça est complexe et n’est pas dû à un seul facteur.

    • Merci pour toutes ces informations, j’avoue n’avoir pas cherché plus que le documentaire. J’ai juste voulu présenter le documentaire et il ne parlait pas plus que ça des origines de cette société patriarcale.

  2. Pingback: MJCF 45 » Semaine du Féminisme à l’Université d’Orléans – Projection et conférence-débat

  3. 100 % d’accord avec la Chatte, dire que c’est la faute des anglais, c’est vraiment de la désinformation, voir l’autre doc : la malédiction de naitre fille en Asie. L’inde est atroce, et la Chine n’est pas mieux.
    Le sort des chinoises a été dramatique pendant plus de mille ans (les pieds bandés étaient une torture atroce). Le communisme a aidé, mais les mentalités en Chine sont toujours les mêmes : le fils est un « grand bonheur » et la fille « un petit bonheur »,
    voir aussi le film le roi des masques : les petites filles vendues comme esclaves pour s’en débarrasser.

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