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Tranformers 4 : sexisme et clichés racistes

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Mercredi 16 juillet est sorti le film Transformers Age of Extinction, 4ème opus d’une franchise plutôt lucrative. Le film a comme prévu fait exploser le box-office un peu partout dans le monde. L’histoire pourrait se résumer globalement à une guerre opposant des gros robots gentils capables de se transformer en voitures – les Autobots – à de gros robots méchants capables de se transformer eux aussi – les Decepticons. Bien que cet épisode soit un peu plus compliqué scénaristiquement parlant que ses prédécesseurs, l’idée reste la même : on va voir le film pour apprécier les dizaines d’explosions et voir des robots de 30 mètres de haut se taper dessus en cassant plein d’immeubles au passage. Je n’ai rien contre le divertissement pur et les films d’action, j’aime bien ça d’ailleurs, mais ça ne m’empêche pas de les critiquer pour leurs aspects problématiques. Dans cet article, je tenais donc à revenir sur un point très problématique du film Transformers 4 : les représentations sexistes et racistes des personnages féminins.

Bechdel Test

Tout d’abord, regardons si le film passe le Bechdel test. Pour rappel, le Bechdel test permet d’avoir un premier aperçu de la représentation des femmes dans un film. Pour qu’un métrage passe le test, il doit valider les 3 conditions suivantes : 1) il y a au moins deux personnages féminins avec un nom 2) Ces deux personnages se parlent 3) Ces deux personnages se parlent, à propos d’autre chose qu’un homme. Sur la grosse douzaine de rôles, il n’y a que trois personnages féminins dans le film (ainsi qu’un petit rôle très secondaire, j’y reviendrai) : la jeune fille du héros, une scientifique américaine, et une femme d’affaire chinoise. Ces trois personnages ont un nom, et un temps d’écran dépassant les 30 secondes. La première étape est donc validée. Deux de ces trois personnages se parlent à un unique moment du film, à propos d’une bombe. Mais cette discussion se passe en réalité à trois, puisqu’un autre personnage masculin y prend part. Certain.e.s considèrent donc que le film passe le Bechdel test, tandis que d’autres répliqueront que la discussion n’étant pas strictement entre les personnages féminins, il ne le passe pas. Cette première approche de la représentation des femmes dans Transformers nous permet déjà de réaliser qu’il n’y a qu’une seule et unique interaction entre deux personnages féminins durant les 2 heures 45 du long-métrage. Mais le Bechdel test n’est qu’un outil parmi d’autres et ne permet pas de juger totalement du sexisme d’un film. Voyons maintenant en détail en quoi les indices sur la mauvaise représentation des personnages féminins donnés par le test sur le contenu du film se révèlent malheureusement vrais…

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L’obsession de la virginité

Le personnage féminin le plus présent à l’écran est Tessa, la jeune fille du héros incarné par Mark Wahlberg. Incarnée par l’actrice Nicola Peltz, elle a 17 ans, elle est mince, blanche, cis*, (a priori) hétéro, blonde, jolie. Bref, nous avons à faire à la jeune-américaine-cliché de base. Depuis la mort de sa mère, elle vit simplement avec son père, un inventeur fauché, auprès duquel elle joue le rôle de maman, devant sans cesse lui rappeler ses responsabilités d’adulte comme payer ses factures et tenir la maison. Mais Tessa reste une jeune femme comme les autres : elle aimerait pouvoir s’amuser avec ses amis, avoir des petits copains si elle veut et avoir un peu d’indépendance. Sauf que son père, en bon patriarche ricain, tente désespérément de contrôler le corps de sa fille. Il restreint très fortement ses sorties, et lui interdit très formellement toute relation romantique pour « ne pas gâcher ses études ». C’est bien connu, être en couple signifie forcément que vous allez rater votre bac. Mais sous cette excuse, on trouve surtout l’idée selon laquelle le corps d’une jeune fille appartient à son père, et que ce dernier doit la « protéger » des autres hommes, et plus particulièrement des rapports sexuels avec les autres hommes. Dans la culture américaine, cela se traduit à l’extrême par la pratique des bals de pureté durant lesquels des jeunes filles promettent à leur père de rester vierges jusqu’au mariage, et s’unissent symboliquement à eux et à Dieu par le port d’un anneau de pureté. Dans le film, point de bal de pureté mais la manière dont le héros cherche à tout prix à contrôler la sexualité et la vie romantique de sa fille relève d’un comportement patriarcal sexiste typique. Le père de notre héroïne, non content de lui interdire de fréquenter des garçon fait également des remarques relevant du slut-shaming sur sa manière de s’habiller, critiquant son short trop court. A noter que cette réplique est l’occasion pour Michael Bay de faire un gros plan sur les cuisses de l’adolescente… Un peu plus tard dans le film, le héros a le malheur de découvrir que malgré ses mises en garde, sa fille a déjà un petit copain. Furieux, il menace de le frapper, et s’énerve contre sa fille. Lorsqu’en plus il apprend que le Don Juan est majeur, alors que sa fille ne l’est pas encore, il menace de le traîner au tribunal pour détournement de mineur. Ce à quoi le petit copain est obligé d’opposer une autre loi, qui assure à un couple d’amants l’immunité si ces derniers se sont rencontrés alors qu’ils étaient encore tous les deux mineurs, ce qui était le cas. Le père, dépité, ne lâche toujours rien, et durant tout le film, il s’emploiera à séparer sa fille de son petit copain dès que les amoureux tentent de se rapprocher physiquement : se tenir la main ou se faire un chaste câlin reste impensable pour le père. Ne parlons même pas d’avoir des relations sexuelles. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au lieu d’envoyer son papa dans les roses et de prendre son indépendance, sa fille se contente au pire de rigoler, au mieux de tirer un peu la tronche lorsque son paternel se permet de lui refuser toute autonomie.

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La demoiselle en détresse

Mais non contente d’être réduite à un corps qui doit absolument être contrôlé par l’autorité paternel, Tessa représente aussi la Demoiselle en perpétuelle détresse du film. Elle se retrouve sans cesse dans des situations où soit son père, soit son petit ami, doivent venir à sa rescousse. Elle est prise en otage, fait prisonnière, sans cesse en danger. Et sa réaction dans ces cas-là se résume généralement à crier « Papa au secours » de toutes ses forces. Je crois que le mot « Help » constitue 70% de son texte. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la seule fois, où, prisonnière dans le vaisseau du méchant, elle réussi à échapper toute seule à sa mise à mort, elle finit attaquée par une créature de l’espace qui enroule doucement sa longue langue gluante autour de sa jambe. Je crois que Michael Bay a un peu trop regardé de hentaï. Les allusions sexuelles subtiles autour de ce personnage ne sont d’ailleurs pas rares, puisqu’on nous gratifie également d’une scène en voiture durant laquelle son petit ami lui demande de « saisir son manche » (le levier de frein), et ajoute à l’intention du père « votre fille a des doigts de fée« . Subtile, je vous avais dit. Tessa prend également régulièrement des décisions stupides qui mettent en danger tous ses compagnons. Ainsi, alors qu’elle, son père et son petit ami tentent de s’échapper du vaisseau ennemi en avançant sur des câbles tendus au-dessus du vide, elle décide brutalement de s’arrêter à mi-chemin et de ne plus bouger, sans réelle raison. Juste histoire de mettre tout ce petit monde en danger afin de faire avancer le scénario. Une constatation bien triste, surtout quand les autres personnages féminins ont elles aussi de petits passages de demoiselle en détresse.

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La Chinoise, cette autre mystérieuse

L’autre personnage féminin important dans le film est Su, interprétée par l’actrice chinoise Li Bingbing. Collaboratrice d’un scientifique un peu mégalo incarné par Stanley Tucci, Su est une jeune femme chinoise, mince, cis*, a priori hétéro, plutôt jolie. Outre le fait qu’elle soit non-blanche, elle correspond toujours aux canons de beauté hollywoodiens. Durant toute la première partie du film, on ne la voit pas, ou très peu, elle accompagne simplement Stanley Tucci sans vraiment avoir d’impact sur le scénario. Mais lorsque les choses se gâtent et que ce dernier est obligé de fuir en Chine, son rôle prend plus d’ampleur, surtout lorsqu’elle se retrouve à devoir le protéger lors de leur fuite. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer qu’on a droit à un petit retournement du cliché habituel puisque c’est Su qui va assurer le bon déroulement de leur fuite, en choisissant les raccourcis, en conduisant elle-même une moto, puis plus tard en combattant physiquement leurs ennemis. Mais il n’empêche que le personnage de Su reste très stéréotypé. Elle représente l’asiatique un peu mystérieuse, à la fois femme d’affaire, ingénieure et qui maîtrise parfaitement le kung-fu (normal, elle est Chinoise…). Mais bien évidemment, elle ne pourra pas résister au charme du scientifique mégalo, et succombera à sa drague lourdingue. Il faut d’ailleurs noter que peu d’autres acteurs chinois ont un rôle important dans le film. Le seul autre personnage chinois qui a plus de 20 secondes d’écran n’a pas de nom, est un simple citoyen dans un ascenseur, mais maîtrise lui aussi parfaitement le kung-fu (décidément…).

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La scientifique inutile et la « femme noire en colère »

Le troisième personnage féminin avec un minimum d’importance est une scientifique américaine, Darcy, interprétée par l’actrice Sophia Myles. Elle travaille pour le compte de Stanley Tucci. Pour tout vous dire, son rôle m’a tellement marquée que je ne me souviens pas de grand chose à son compte. Elle est blanche, plutôt mince, blonde, cis* et a priori hétéro. On sait juste qu’elle est l’ex du scientifique mégalo, et que ce dernier ne se gêne pas pour la traiter plus ou moins de salope sans coeur hystérique. Darcy est la seule personne à mettre son patron en garde contre sa volonté de créer lui-même des Transformers. Bien sûr, elle ne sera pas écoutée. La dernière femme du film qui a quelques lignes de dialogue est une femme noire, dont on ne sait presque rien. C’est apparemment une personne en relation avec le propriétaire de la maison du héros. Mais comme notre héros ne paye plus son loyer depuis longtemps, la femme vient faire visiter la maison à de potentiels repreneurs. Ce personnage féminin représente le cliché typique de la « femme noire agressive ». Elle se dispute donc avec le héros, et se dernier la menace physiquement pour la faire fuir, non sans avoir fait du fat-shaming à son égard. En bref, nous avons là un cliché raciste supplémentaire.

Au final, tout comme les trois opus précédents, ce nouvel épisode de la saga Transformers fait encore preuve d’un traitement assez désastreux des personnages féminins. 

N’ayant vu le film qu’une seule fois, et n’étant pas infaillible, il se peut que je ne me souvienne pas de tous les aspects problématiques liés aux personnages féminins. Si vous avez d’autres remarques à ajouter, n’hésitez pas !

*cis : personne dont le genre est en accord avec le sexe qui lui a été attribué à la naissance. Par exemple, une personne transgenre est une personne non-cis.

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Auteur : Red F0xx

Étudiante en marketing et communication, aime traîner sur l'interweb mondial, membre de l'Eglise de la Licorne Rose Invisible (Blessed Be Her Holy Hooves).

5 réflexions sur “Tranformers 4 : sexisme et clichés racistes

  1. Vision juste : les personnages humains, quels qu’ils soient, sont globalement tous très stéréotypés et souffrent de clichés pas glorieux. Que ce soit donc le méchant militaire revanchard et sans coeur si ce n’est pas pour feu sa file, ce politique manipulateur et mégalomane ou le héros texan macho mais inventeur donc loufoque et pauvre, bonjour les étiquettes. C’est triste car normalement dans une oeuvre de fiction tout un chacun s’identifie avec un personnage, sauf que dans ce film ils sont tellement clichés qu’on refuse de participer à ce melting pot de profils psychologiques sortis de la tête d’un américain manichéiste.

    Ça m’emmerde entre nous car j’avais volontairement oublié le point du jeu d’acteur de ma critique du film, étant passionné de l’univers, pour ne penser qu’aux péripéties des Transformers et de ce qui accompagne scénario et bagarres, j’ai nommé le visuel et le sonore. Au détriment donc de ce qui toi t’a semblé très justement important : l’image donnée à un public sans cesse plus nombreux, à savoir des stéréotypes dégoutants. En tout cas merci d’essayer de rendre ça plus visible. Les clichés racistes, la damsel in distress et l’appartenance d’une fille à son père sont bien entendu à bannir des fictions comme de la réalité, cela va sans dire, sauf si utilisés positivement pour faire passer un message, ce qui n’est pas le cas ici malheureusement.

  2. Le personnage de Li Bingbing ne sert pas uniquement de cliché de la femme chinoise, mais bien aussi à attirer le public chinois dans les salles.. et on peut dire que ca marche puisque Transformers 4 est devenu le plus grand succès de tous les temps en Chine!

    • Bien sûr, le fait que le film se déroule en partie en Chine avec une actrice chinoise est dû au fait que le film a été en partie financé par la Chine, et il cartonne sur place ! ça n’empêche pas le personnage de malheureusement tomber dans le cliché…

  3. Ben effectivement, on est dans la continuité de tout ce qui a été (ou plutôt ce qui n’a JAMAIS été) fait dans la saga Transformers : des personnages caricaturés et/ou creux au possible, la caméra qui se borne à filmer sous les angles les plus suggestifs les protagonistes féminines des films (c’est d’ailleurs devenu la marque de fabrique/de moquerie de la saga)… bref, rien de nouveau sous le soleil de Michael Bay ! Bon article en tout cas 🙂

  4. Ca y est, je vais me sentir obligé d’appliquer le bechdel test à tous les films que je vois. Je n’aurais jamais dû lire cet article ^^

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