Les Dégenreuses

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La pilule du féminisme – Entrez dans la matrice

16 Commentaires

pillule-bleu-ou-rouge

J’ai avalé la pilule du féminisme. Cette expression, on l’entend souvent de la part des féministes, ou – si vous préférez – dans la bouche de celles et ceux qui se sont rendus compte. Une métaphore bien trouvée et dans laquelle on peut lire une référence à la pilule contraceptive, cette pastille journalière pour laquelle les féministes se sont battu·e·s et ont vaincu. Mais pas seulement. Entrez dans la matrice.

Le webcomic Sinfest du nippo-américain Tastuya Ishida illustre parfaitement ce processus dans sa série The Sisterhood (qui commence ici).

La Sororité. Recherche. – « Bienvenue. Nous t’attendions. – Tu veux comprendre le patriarcat. Ce que c’est. Comment il fonctionne. Jusqu’où le lapin a creusé son terrier. – Très bien. Prends la pilule rouge. Et vois par toi-même.

La pilule rouge… – Pop. Glup. – Zzt Zzt – Oh, merde…

 

Mon Dieu. Il est partout. – C’est le patriarcat. Une construction socio-interactive qui nous bombarde de mysogynie. C’est un programme de domination qui pénètre la société à tous les niveaux. Au bureau, à l’école, à la maison (Papa, Incubateur, favoris). Il cloisonne les gens dans des rôles genrés rigides. Une situation intenable qui mène au mécontentement, à l’aliénation. La plupart des gens ne peuvent pas voir le patriarcat. Ils sont trop immergés. Jusqu’à ce qu’ils se libèrent, ils sont des agents du système… Des conspirateurs… – J’étais… je suis… une conspiratrice ? – Tout le monde l’est. Mais tu le sais maintenant. Tu peux voir.

Et le sexisme, soudain, est partout.

Dans la bouche du présentateur d’une éternelle émission matinale quand, à l’annonce d’une chronique sur un triolet de nouveaux talents féminins, demande immédiatement si elles sont jolies – ce sont des artistes, c’est leur voix et leur talent qui nous intéresse. Qu’est-ce qu’on en a à faire, si elles sont mignonnes ou pas ?

Dans la bouche de vos amis, de votre famille, quand ils parlent de comportements de « garçons » et de « filles ». Et que vous leur répondez qu’il s’agit d’une construction sociale.

Partout, en permanence. Omniprésent et obsédant. Il regorge, dégorge, suinte de toutes les failles d’un système qui se fendille et qu’on aimerait voir exploser.

La moindre touche d’équité devient belle et on se prend à les voir, les surprendre, les comprendre. Au détour d’un dessin animé ou dans l’une de ces séries qui sont devenues des succès malgré leur indéniable qualité littéraire et richesse philosophique.

J’ai avalé la pilule du féminisme. Je crois. Lentement. Je suis peut-être née avec le petit jeton sur le bout de la langue. J’ai grandi en jouant avec entre mes dents. Puis j’ai dégluti. Et j’ai eu besoin de me battre contre la matrice. Et nous avons donné naissances aux Dégenreuses.
Je parle de matrice. La référence à Matrix dans les planches de Sinfest est évidente. Des chiffres, des mots, qui défilent verticalement, dans un univers verdâtre, et bien sûr, le choix entre les deux pilules : la rouge et la bleue.

« Let me tell you why you’re here. You’re here because you know something. What you know you can’t explain, but you feel it. You’ve felt it your entire life, that there’s something wrong with the world. You don’t know what it is, but it’s there, like a splinter in your mind, driving you mad. It is this feeling that has brought you to me. Do you know what I’m talking about? »

« Je vais te dire pourquoi tu es ici. Tu es ici parce que tu sais quelque chose. Tu ne peux pas l’expliquer, mais tu le ressens. Tu l’as senti toute ta vie, qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde. Tu ne sais pas ce que c’est, mais tu le sens, comme une aiguille dans ton esprit, qui te rend fou. C’est ce sentiment qui t’a mené à moi. Sais-tu de quoi je parle ? »

Ce que Morpheus dit à Néo, dans ce passage, est parfaitement adapté à ce que nous avons pu ressentir. Je ne sais pas si nous sommes le lapin blanc à suivre. Peut-être que cette image parlera plus à notre génération connectée. Peut-être qu’ils entendront l’appel et qu’ils choisiront la pilule rouge, comme nous. En voici une. Elles sont nombreuses. Mais ils et elles sont encore trop peu à accepter de la prendre.

red-pillEt si celle-ci vous paraît trop imposante, voici un traitement moins effrayant (mais anglophone) :

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Auteur : borderblue

Elfe invocatrice, accesoirement étudiante en Marketing & Communication. Rôliste et MJ à ses heures perdues. Amatrice de MMORPGs au point d'être GM, de littérature (de qualité littéraire, j'y tiens) fantasy, fantastique et parfois SF, de cases et de bulles d'ici et d'ailleurs. Nippophile et adoratrice de Nintendo. Geek depuis Sonic et la MegaDrive. Féministe avant même de le savoir.

16 réflexions sur “La pilule du féminisme – Entrez dans la matrice

  1. je l’ai avalée il y a presque deux ans et cette pilule magique, non contente d’ouvrir les yeux, affecte même l’écriture 😉
    Merci pour ce billet métaphore très à propos.

  2. J’adore cette métaphore. C’est une pilule que j’essaye de distribuer dans mon environnement professionnel (dans un an je serais assistante social) car c’est vraiment partout. Quand on parle de protection de l’enfance, on ne s’adresse qu’aux mères (ce qui est violent pour les pères en plus, qu’importe leurs actes ou leur absence d’actes !), qu’importe les ateliers. On dit que les garçons sont plus turbulents et plus enclins à la délinquance, t’as-vu-ce-sont-les-chiffres. Comment peut se positionner un garçon à qui on a répété toute sa vie que ce serait un petit voyou ? Qu’un garçon ça ne pleure pas, ce n’est pas faible, ça n’a pas de problème ? J’avais lu une étude comme quoi on diagnostiquait plus « facilement » des états dépressifs à des femmes, qu’on les poussait bien plus à verbaliser. Et de plus en plus pour moi c’est une incompréhension de voir que certains hommes ne se saisissent pas de ce combat : c’est leurs souffrances qui sont niées quand on leur inculque cette « virilité » quand même !
    Grande question et nécessité de grand changement.

  3. Je l’ai avalée si jeune que je ne m’en rappelle plus…Ensuite quand j’ai eu fini mes études j’ai travaillé 4 ans dans le mouvement féministe et je dois dire que j’en ai encore appris beaucoup…Une fois qu’on a ouvert les yeux…on ne peut plus faire l’autruche! Signé une vieille chiante féministe 🙂

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  5. Pingback: « Féminisme , ce gros mot | «Les Dégenreuses

  6. Rien à dire sur l’article…Parfait! Par contre, la traduction de « minion » n’est pas mignon, mais plutôt favori ou sous-fiffre, quelquechose dans ce gout là…

    • Merci beaucoup !
      Il me semble que « mignon » s’emploie également dans le sens de « favori », dans une langue un peu moins usitée. Je voulais coller le maximum au texte.
      Mais merci de la précision. C’est en effet sans doute plus clair ainsi ! J’ai effectué la correction 😉

  7. Ce billet est excellent et vraiment très proche de ce que l’on ressent quand on arrive péniblement à retirer la poutre qu’on a dans l’oeil.

    Merci merci merci !

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  10. J’ai 14 ans. J’ai avalé la pilule rouge le jour de mes 10 ans, quand au collège on m’a demandé ce que je voulais faire. J’ai répondu « policière, pour arrêter les méchants » Ma maîtresse a répliqué « mais ma chérie, c’est un métier pour garçon, tu es sur que tu ne voudrais pas devenir médecin pour soigner les gens ? » J’ai contré sa réponse par « le jour où quelqu’un me dira quel métier faire, on retrouvera cette personne noyé dans le lac.  »
    Maintenant je fais tout ce que je peux pour que tout le monde réagisse et dans ces moment là j’ai les paroles « résiste, prouve que tu existe » qui me trottent dans la tête. Mais mince on est des êtres humains ! On fait les choix qui semblent les meilleurs pour nous. Pas ceux que la société pense meilleurs pour nous !

    • Bravo pour avoir été capable de fermer le claper de la maîtresse ! Et bravo pour avoir échappée si vite à une éducation genrée !

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